Une annonce pour le moins spectaculaire — un traitement pour le cancer dès 2020 — a attiré l’attention des médias il y a deux semaines, avant d’être rapidement déboulonnée. Mais le Détecteur de rumeurs y a vu une belle illustration de ce que n’importe qui serait capable de vérifier, quand une nouvelle scientifique est trop belle pour être vraie.


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L’origine de la rumeur

Selon un reportage paru dans le Jérusalem Post le 28 janvier et repris le même jour par le New York Post et d’autres, une équipe de chercheurs de la compagnie israélienne Accelerated Evolution Biotechnologies Ltd. (AEBi) serait sur le point de lancer un traitement contre le cancer. « Dans un an », a même affirmé le directeur, Dan Aridor. Il a suffi de 24 heures pour que des scientifiques et des journalistes expliquent à quel point l’affirmation était prématurée. Après une deuxième entrevue au Times of Israel le 29 janvier, la compagnie s’est faite plus discrète.

Comment savoir si une affirmation en science est exagérée ?

Tout journaliste scientifique peut témoigner que de nombreux lecteurs croient, à tort, que pour déterminer si une nouvelle de ce genre est authentique, il faut d’abord avoir fait des études en médecine ou en biologie. Or, il n’en est rien.

Généralement, deux vérifications élémentaires permettent de faire un premier tri dans l’abondance d’informations à caractère scientifique qui arrivent par les réseaux sociaux. Sans même avoir à décoder le jargon scientifique, vous pouvez, par deux questions très simples, décider si cette nouvelle repose sur un minimum de solide, ou sur rien du tout :

 

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Ces deux questions sont :

  1. Cite-t-on un scientifique dans le reportage du Jerusalem Post ? Oui, et même deux, qui sont également administrateurs de la compagnie de biotechnologie AEBi.
  1. Cite-t-on une ou des études parues ? Non, de leur propre aveu dans la deuxième entrevue : le fondateur de la compagnie, Ilan Morad, a déclaré « que le manque de financement était la raison pour laquelle AEBi avait choisi de ne pas publier de données ».

Cette deuxième question est celle que le journaliste auteur du premier article avait négligé de poser. Or, il s’agit d’une omission majeure : la publication dans une revue savante de la méthodologie et des résultats d’une étude est un principe fondamental en science. D’une part, parce que s’il s’agit d’une revue crédible, cela signifie qu’elle a fait relire cet article par d’autres experts qui ont jugé qu’il méritait d’être publié. D’autre part, une publication ouvre la porte à ce que d’autres experts du même domaine (ici, le cancer) puissent analyser ce qu’ont testé ces chercheurs, en repérer les forces et les faiblesses et peut-être même tenter d’en reproduire les résultats.

Si rien n’a été publié, il faut être méfiant.

Aucun journaliste sérieux ne devrait écrire un reportage annonçant une percée scientifique d’une pareille importance s’il ne repose que sur les seules affirmations des chercheurs.

D’autres signaux d’alarme

Par ailleurs, le lecteur qui aurait eu la patience de lire jusqu’au bout l’article du Jerusalem Post aurait pu entendre sonner son Détecteur de rumeurs intérieur à au moins trois autres reprises :

  1. La toute première phrase : « Une petite équipe de scientifiques israéliens pense avoir découvert le premier traitement complet contre le cancer ». Sauf qu’il n’existe pas « un » cancer, mais au moins 100 différents types de cancers, dont certains se divisent en sous-catégories. Aucun chercheur rigoureux ne prétendrait être sur le point de tous les guérir d’un seul coup.
  1. Le 2e paragraphe : « nous croyons que nous allons offrir un traitement complet contre le cancer dans un an ». Sauf que pendant les 28 paragraphes suivants, le lecteur n’a aucune information sur ce qui permet d’être à ce point optimiste. Il faut savoir qu’une année, en recherche médicale, c’est extrêmement court. Et c’est encore plus vrai lorsqu’on apprend…
  1. … au 29e et avant-dernier paragraphe, que « jusqu’ici, la compagnie a conclu ses premières expériences exploratoires sur des souris ». Est-il besoin de le dire, un médicament testé sur des souris n’a pas la valeur d’un médicament testé sur des humains. En fait, dans la majorité des cas, ce qui semblait fonctionner sur les rongeurs s’avère décevant chez nous. Qui plus est, le processus consistant à tester un médicament sur des humains, ou « essais cliniques », se mesure en années, non en mois.