Sans le pétrole albertain, le Québec serait forcé de s’approvisionner en Arabie saoudite, selon certains de nos politiciens fédéraux, dont le chef conservateur Andrew Scheer. Les chiffres disent autre chose, analyse le Détecteur de rumeurs.


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Le Québec ne produisant pas de pétrole, il doit importer la totalité de ce qu’il consomme. La provenance change d’année en année, puisque les raffineries répondent à la dynamique de l’offre et de la demande. Mais depuis la fin de 2015, la part des approvisionnements québécois en pétrole de l’Ouest canadien et des États-Unis a considérablement augmentée avec l’inversion, vers l’est, du flux pétrolier de la canalisation 9B d’Enbridge.

Ainsi, au 30 juin 2018, 53 % des approvisionnements venaient de l’Ouest canadien et 40 % des États-Unis, selon un rapport de l’école de gestion HEC Montréal. En 2012, ces deux sources représentaient à peine 7 à 8 % du pétrole importé au Québec.

Les États-Unis sont donc en ce moment, de loin, le principal fournisseur de pétrole étranger au Québec (88 % du pétrole étranger). L’Algérie n’a compté que pour 6 % du pétrole importé, alors que le Royaume-Uni et la Norvège ne livrent plus rien au Québec. Et il n’y a pas eu d’importation de l’Arabie saoudite. En fait, le Québec n’aurait pas acheté de pétrole saoudien depuis au moins 10 ans, selon Statistique Canada. « Ce n’est pas que le Québec ait voulu être vertueux, mais simplement qu’il y avait des sources plus compétitives pour les raffineries d’ici », indique Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal et spécialiste de l’énergie.

Par contre, le Canada l’a fait. En 2018, le pétrole saoudien répondait à environ 18 % des besoins canadiens, ce qui en faisait la deuxième source de pétrole étranger. Toutefois loin derrière les États-Unis (64 %), selon la Régie de l’énergie du Canada. Les importations venant de l’Arabie saoudite ont augmenté de 66 % entre 2014 et 2018, mais sont en baisse depuis le début de 2019. Les autres principaux pays d’importation en 2018 étaient l’Azerbaïdjan (6 %) et la Norvège (3 %). En 2010, le pétrole importé au Canada provenait de l’Algérie (15 %), du Royaume-Uni (12 %), de la Norvège (9 %) et de l’Arabie saoudite (8 %). Le pétrole américain comblait seulement 6 % des besoins canadiens.

Et si le pétrole albertain disparaissait ?

Si le pétrole albertain n’était plus disponible demain matin, le Québec disposerait d’une grande variété de sources possibles. Il pourrait notamment se tourner vers les États-Unis, l’Afrique, l’Amérique latine ou la Mer du Nord (Norvège ou Royaume-Uni), indique Pierre-Olivier Pineau. « Le Québec n’avait aucun problème d’approvisionnement avant le renversement du sens de la circulation du pétrole de la ligne 9B d’Enbridge », et ce, sans même avoir recours aux ressources de l’Arabie saoudite.