La saison du barbecue bat son plein, mais pour certains, manger un hamburger ne serait plus possible à cause d’une allergie à la viande. Est-il possible qu’une tique soit responsable de cette allergie? Le Détecteur de rumeurs a vérifié.


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La coupable

La rumeur est fondée. Et la coupable n’est pas tant la tique qu’une molécule : l’alpha-gal. Il s’agit d’un sucre, qui est présent dans l’intestin et la salive d’une espèce appelée la tique étoilée. Lors d’une piqûre, cette molécule est introduite dans la circulation sanguine de la victime. En réaction à cet intrus, le corps produit des anticorps pour s’en débarrasser.

Si la plupart des mammifères produisent l’alpha-gal (dont les cerfs, cibles fréquentes de cette tique), l’humain est l’exception. On en retrouve dans son système digestif, mais pas dans sa circulation sanguine. C’est pourquoi notre système immunitaire considère l’alpha-gal comme un ennemi à combattre quand il se retrouve dans le sang.

Le problème : la viande rouge contient aussi de l’alpha-gal. Après avoir ingéré un bon steak, le corps d’une personne piquée par cette tique entre donc en mode défensif quand il fait à nouveau face à cet « ennemi ». Les effets indésirables peuvent survenir de trois à sept heures après le repas, quand le processus de digestion est bien avancé, et causer de l’urticaire, de l’enflure, des vomissements, de la diarrhée et même un choc anaphylactique.

La bonne nouvelle pour les carnivores : cela concerne uniquement la viande provenant des mammifères. Le porc, le bœuf et l’agneau doivent donc être évités, mais le poulet, la dinde et le poisson peuvent continuer de faire partie de l’alimentation puisqu’ils ne produisent pas d’alpha-gal.

Cependant, d’autres produits d’origine animale contiennent cette molécule et peuvent aussi provoquer une réaction allergique, y compris certains médicaments, des cosmétiques, la gélatine et les produits laitiers.

Si la tique étoilée était surtout présente dans le sud-est de États-Unis, les populations se déplacent de plus en plus vers le nord avec l’aide des changements climatiques, de l’urbanisation et de la déforestation. Quelques spécimens ont déjà été identifiés au Québec et en Ontario.

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) met d’ailleurs en garde contre les tiques adventices, c’est-à-dire les insectes qui se retrouvent très loin de leur aire de répartition géographique habituelle. « Une tique peut s’accrocher à un oiseau pour prendre son repas de sang et voyager avec ce dernier pendant plusieurs jours. À la fin de son repas, la tique se détache, mue et repart à la recherche d’un nouvel hôte dans son nouvel environnement, qui peut parfois se situer à plusieurs centaines de kilomètres de son lieu d’origine. »

Les tiques faisaient de toute façon déjà l’objet d’une surveillance accrue puisqu’elles peuvent transmettre la maladie de Lyme. Il faudra maintenant y ajouter l’allergie à la viande.

Verdict

Oui, une tique peut vraiment provoquer une allergie à la viande. Ce ne sont toutefois pas toutes les tiques qui le peuvent. Quant à la responsable, le Québec ne fait pas partie de son territoire habituel. Mais si la tendance se maintient, ce n’est qu’une question de temps.

Photo: Amblyomma americanum, ou tique étoilée / USDA Forest Service