Les journalistes s’inquiètent parfois du peu de commentaires constructifs qu’apportent les internautes, et il leur arrive d'être ébranlés par les commentaires les plus négatifs. Mais pas assez pour sentir leur rôle traditionnel menacé.

Ces conclusions sont celles d’une étude (à petite échelle, toutefois) sur « les interactions journaliste-audience » dans des articles des sections science et santé du quotidien The Globe and Mail de Toronto. Elles tendent à confirmer d’autres résultats préliminaires récoltés par d’autres chercheurs, mais chaque fois très incomplets, ont écrit David M. Secko, de l’Université Concordia et ses collègues dans l’édition d’octobre de la revue universitaire Journalism : Theory, Practice and Criticism.

Quelques pages plus loin dans la même revue, une autre étude s’est d’ailleurs penchée sur la même question : de quelle façon les commentaires interagissent-ils avec l’article?

Mais ces deux recherches souffrent de la même faiblesse : seulement 15 articles du Globe and Mail pendant un mois de 2009 pour l’une, et 10 articles d’un site d’information israélien pour l’autre. Il est intéressant de lire dans la deuxième que « deux à trois fois plus de commentaires renvoient au contenu d’autres commentaires » plutôt qu’à l’article original. Encore que, dans ce dernier cas, le sujet explosif —l’expérimentation animale— ait sûrement piqué certains lecteurs au vif.

Une chose est sûre —quoique les plus vieux auront du mal à l’admettre— en 2012, le monopole du journaliste sur l’histoire qu’il raconte est de plus en plus incertain. Dans les mots de David Secko et de ses collègues :

Le journalisme scientifique, qui aurait pu jadis avoir été considéré comme « terminé » au moment de la publication... entre maintenant dans une époque où il vivra dans un état de perpétuel inachèvement.

Si certains journalistes se sentent menacés, la plupart, apparemment, voient plutôt bien cette « implication de l’audience ». Reste à savoir jusqu’où ira cette évolution —et de quelle façon des journalistes qui la vivent depuis des années ont-ils changé leurs façons d’écrire, de fouiller ou d’interagir. Il est étonnant que si peu de chercheurs aient jusqu’ici exploré cette dimension.