On le sait, le cerveau humain est extrêmement énergivore. Il consomme 20 à 25 % de l'énergie que nous ingérons pour un organe qui ne représente que 2 % du poids du corps humain. Il produit donc forcément des quantités importantes de déchets potentiellement toxiques pour lui (en fait, on estime qu’il produit l'équivalent de son poids en déchets en un an). Comment il se débarrasse de ces déchets est longtemps resté mystérieux. On pensait que le nettoyage du cerveau se faisait par diffusion passive du liquide céphalo-rachidien à partir des ventricules cérébraux. Ce mécanisme d’évacuation paraissaît cependant très lent pour un organe aussi actif que le cerveau. Ce n’est que vers 2012 que des études sur la souris ont pu démontrer l'existence d'un système d'évacuation des déchets plus rapide et plus efficace propre au cerveau.

Chaque vaisseau sanguin cérébral est ainsi entouré d'un espace, dit périvasculaire, défini par les extensions d’astrocytes (un type de cellule gliale) qui entourent complètement les artères, les capillaires et les veines cérébrales. Le liquide céphalorachidien qui baigne le cerveau pénètre dans celui-ci via des espaces périvasculaires situés le long des artères et ressort le long des veines (voir l'image ci-haut).

On a appelé ce système le « système glymphatique » pour signifier que ce sont des cellules gliales qui rendent possible la fonction que joue le système lymphatique dans le reste du corps, celui de drainer les déchets hors des différents tissus. Cette découverte n’est survenue que récemment car on ne peut pas voir ce système glymphatique sur des cerveaux prélevés post-mortem. Il a fallu avoir recours à une technique appelée microscopie à deux photons qui permet de visualiser en temps réel les flux de sang et de liquide céphalorachidien dans le cerveau d’un animal vivant.

Cette découverte s’agence parfaitement, si l’on peut dire, avec une autre dont on avait parlé ici, celle de la découverte récente elle aussi de vaisseaux lymphatiques présents dans la dure-mère (l’un de nos trois méninges, des membranes qui enveloppent le cerveau).

Elle donne aussi du sens à d’autres observations comme celle voulant que durant le sommeil l'espace intercellulaire s'accroit jusqu'à 60 % permettant sans doute une meilleure circulation du fluide. L’évacuation de la protéine β-amyloïde (une protéine dont l’accumulation semble être reliée à l’Alzheimer) se révèlerait par exemple deux fois plus efficace chez les souris endormies que chez les souris éveillées.

Ce n’est d’ailleurs pas la seule vertu protectrice qu’aurait notre sommeil. On a accumulé durant ces dernières années d’impressionnantes données sur son rôle protecteur pour un très grand nombre de pathologie. Nous aurons l’occasion d’y revenir ici très bientôt.