Les personnes qui s’en remettent aux médias sociaux plutôt qu’aux médias « traditionnels » sont plus à risque d’être mal informées sur les vaccins. Qui plus est, le niveau de confiance qu’une personne entretient à l’égard des experts médicaux est le facteur le plus susceptible d’influencer l’évolution de ses croyances sur la vaccination.

Ce sont les deux principales conclusions d’une recherche récemment publiée par trois chercheurs du Centre Annenberg des politiques publiques de l’Université de Pennsylvanie. Par rapport aux autres facteurs —sexe, scolarité, revenu, religion ou affiliation politique — le niveau de confiance à l’égard des experts est de loin celui qui se dégage le plus du lot.

L’étude, réalisée en 2019 auprès de 2500 Américains adultes, a d’abord identifié 15 à 20% d’entre eux comme étant mal informés sur un aspect ou l’autre de la vaccination (le lien entre vaccin et autisme, le calendrier de vaccination, etc.).

La première partie de l’étude a été menée alors que les États-Unis commençaient à vivre leur plus grosse poussée de rougeole en un quart de siècle. La deuxième partie, cinq mois plus tard, visait à évaluer si les perceptions ou les croyances de ces gens avaient évolué dans le temps: c’est ainsi que les chercheurs ont pu constater que ceux qui s’informaient avant tout sur les médias sociaux étaient non seulement plus à risque d’être mal informés, mais qu’ils étaient aussi plus à risque de voir leurs perceptions erronées s’accroître — en dépit du fait que la rougeole avait beaucoup fait parler d’elle pendant ces cinq mois.

 Parmi ceux dont le niveau de désinformation avait changé pendant la période, les individus qui disaient qu’ils étaient exposés à une quantité croissante de contenus sur la rougeole ou sur le vaccin RRO à travers les médias sociaux, étaient plus susceptibles d’être devenus encore plus mal informés. À l’inverse, ceux qui rapportaient avoir vu, lu ou entendu de l’information sur ces sujets dans les médias traditionnels étaient plus susceptibles de répondre correctement.  - Dominik Stecula, auteur principal de l’étude.

Est-il possible d’alléguer que ces résultats seraient biaisés du fait que ceux qui s’informaient déjà au préalable par les médias traditionnels étaient les mêmes qui étaient déjà au préalable plus susceptibles de faire confiance aux experts? L’auteur principal, le post-doctorant Dominik Stecula, reconnaît qu’il est très difficile de prouver l’existence d’une relation de cause à effet. « Cela étant dit, nous avons suivi les mêmes personnes à deux moments dans le temps et la tendance que nous avons trouvée est assez robuste ».

Leur recherche, parue en janvier dans le Harvard Kennedy School Misinformation Review,  ramène sur la table la responsabilité des plateformes comme Facebook, YouTube ou Pinterest dans la dissémination de fausses informations potentiellement dangereuses pour la santé publique. Ainsi que les pressions politiques pour les obliger — ou non — à faire reculer ces faussetés dans leurs algorithmes.

Les auteurs insistent également sur la responsabilité des scientifiques et des professionnels de la santé « pour prévenir et combattre la désinformation sur les vaccins ». Un espoir qui peut toutefois sembler contradictoire lorsqu’on lit ailleurs dans leur recherche que « cinq mois à être exposés à davantage d’experts dans les médias semblent avoir failli à saper les perceptions erronées » de ceux qui étaient déjà mal informés. À cela, Dominik Stecula —qui a fait sa maîtrise à l’Université McGill — répond que « les médias traditionnels semblent faire du bon travail pour informer le public sur la rougeole et les vaccins », mais qu’il y a encore « place à l’amélioration » pour ce qui est de la présence de « voix crédibles » dans les médias sociaux.