Dernièrement une étude intéressante a été rapportée dans un article de blogue sur le site de l'ASP.  Les travaux d'une équipe de chercheurs semblent montrer chez la souris que le souvenir lié à un évènement produisant la peur chez l'animal de le revivre serait traité dans de nombreuses régions de son système cérébral lors de son rappel. Parmi celles impliquées, certaines ne manquent pas de surprendre dont le tronc cérébral. La mémoire est impliquée dans la cognition. Que le tronc cérébral chez la souris puisse apparemment y participer conduit à s'interroger à l'effet qu'un même type de processus pourrait se retrouver chez l'humain en impliquant au surplus d'autres structures, si possible, elles aussi négligées.

Des travaux suggèrent que la rétine pourrait être impliquée directement dans la cognition en effectuant une partie du traitement de l'information. Dans cette optique, les calculs effectués par les cellules rétiniennes fourniraient une information prétraitée qui allégerait le travail du cerveau à la fois dans le domaine perceptuel et dans le domaine mental chez l'être humain.

Outre la réponse pupillaire au simple changement de luminosité, diverses études ont montré que la pupille chez l'humain pouvait répondre à des stimuli plus complexes. Une étude publiée en 2021 montre que la taille de la pupille varie en fonction du nombre de points aussi bien perçus réellement qu'estimés. Son diamètre augmente avec le nombre de points à percevoir. Par contre, si ces points sont reliés deux à deux en forme d'haltère, le diamètre pupillaire diminue or cette représentation créer l'illusion d'un nombre de points plus petit que dans le cas où ils sont présentés sans être reliés entre eux.

Une autre étude démontre que la signification de certains mots lus suffit pour déclencher une réaction des pupilles. Ainsi lorsque les personnes testées lisaient des mots dont le sens se rapportait à la luminosité tels que "jour" ou, à l'inverse, à l'obscurité tels que "nuit", les chercheurs ont observé une dilatation ou une contraction des pupilles comme s'il s'agissait d'une réponse physiologique adaptée aux stimuli correspondants. Les mots dont le sens était neutre du point de vue de la luminance provoquaient une réponse pupillaire intermédiaire.

Encore plus intéressant, une équipe de chercheurs franco-australienne a montré, dans une étude publiée en mars 2022 que le simple fait d'imaginer des formes claires et sombres sur un fond gris produisait une réaction des pupilles en contraction ou dilatation selon la luminosité imaginée. Cette réponse était toutefois absente chez les personnes atteintes d'aphantasie

Concernant l'imagerie visuelle, il vaut la peine de citer ici cet extrait : « L'imagerie visuelle est considérée comme un outil utile et souvent essentiel dans de nombreux aspects de la cognition. Il joue un rôle important dans la récupération d'éléments de la mémoire à court et à long terme ( Pearson, 2019 ), la mémoire de travail visuelle ( Keogh et Pearson, 2011 ; Keogh et Pearson, 2014 ; Pearson et Keogh, 2019 ), l'acquisition du langage ( Just et al., 2004 ) et la navigation spatiale ( Sack et al., 2005 ; Guariglia et Pizzamiglio, 2007 ). Il est également utilisé pour simuler des événements passés et futurs potentiels ( Schacter et al., 2012 ; Schacter et Madore, 2016 ), ce dernier étant souvent une forme d'auto-motivation pour atteindre un objectif (Szpunar et al., 2007 )1. » 

Comment pourrions-nous interpréter ces résultats? La dilation de la pupille laisse pénétrer dans l’œil jusqu'à la rétine plus de lumière. Celle-ci peut être vue comme un apport d'énergie. Plus de lumière due à une pupille dilatée signifierait plus d'énergie disponible pour les cellules rétiniennes. Plus d'énergie disponible à chaque seconde pourrait se traduire par une plus grande capacité de calcul ou si l'on veut de traitement de l'information. Si tel est le cas, on peut être amené à penser que dans le cas des travaux cités ici, une capacité de traitement de l'information plus grande serait nécessaire lors de la dilatation du diamètre pupillaire. On peut aisément le concevoir pour ce qui est du nombre de points perçus et - de façon encore plus intéressante - pour le nombre de points estimé. Pour ce qui est de la luminosité imaginée, que ce soit sur demande ou à la lecture de mots, on pourrait faire l'hypothèse qu'elle exigerait une plus grande capacité de calcul traité d'abord au niveau de la rétine pour être "perçue" mentalement avec plus d'intensité.

D'autres recherches seront nécessaires pour appuyer cette réflexion auquel cas, nous serions amenés à considérer sérieusement l'idée que la rétine de l’œil ferait partie d'un vaste réseau de traitement de l'information non seulement visuelle mais aussi proprement cognitive. L'imagination étant l'un des piliers de la cognition.