Le gaspillage alimentaire représente un enjeu global majeur pour le secteur agroalimentaire. Au Québec, une des actions mises en place pour éviter le gaspillage consiste au bannissement de l’enfouissement de toute matière organique d’ici 2020 (Politique québécoise de gestion des matières résiduelles). Ce faisant, pour satisfaire cette interdiction, les entreprises du secteur agroalimentaire auront à s’adapter et à trouver de nouvelles voies de valorisation. C’est le cas de l’entreprise Chocolat Lamontagne, qui doit trouver une solution pour la gestion des matières organiques qu’elle génère, ces dernières représentant également d’importantes pertes financières.

Désireuse de réduire les impacts environnementaux liés à ces activités et d’accroitre sa compétitivité sur le marché, l’entreprise sherbrookoise s’est alors tournée vers l’économie circulaire et ses stratégies pour trouver la meilleure voie de valorisation pour ses résidus organiques (cf. figure ci-dessous). L’étude effectuée à l’issue de cette analyse pointe vers une solution pour le moins originale, les insectes.

Graphique économie circulaire

L’économie circulaire, une théorie économique qui vise le développement durable par l’instauration de boucles de réutilisation, de recyclage, et de valorisation.

L’économie circulaire est une nouvelle perspective de marché, qui s’inscrit dans le développement durable. Son objectif est de proposer un cadre économie viable, qui optimiserait l’utilisation des ressources, tout en minimisant leurs extractions et la pollution que le système de consommation actuel génère. En se basant sur cette approche, une réflexion sur la manière d’optimiser les boucles du cycle de vie et réduire au maximum la quantité de déchets ultimes a été amorcée dans l’entreprise. Typiquement, l’économie circulaire se base sur la hiérarchie des 3R (réduction à la source, réutilisation, recyclage) pour développer des stratégies de boucle, et il a été possible de vérifier si, dans ce cas d’étude, cette hiérarchie devait être respectée.

Pour y parvenir, la première étape a consisté en une caractérisation des matières résiduelles organiques concernées. Cela a permis de les regrouper en fonction des méthodes de gestion actuelles. Ainsi, sur un total d’environ 280 tonnes de résidus de chocolat composés principalement de glucides et de lipides, 140 tonnes sont refondues, 100 tonnes sont destinées à l’alimentation animale, 30 tonnes sont envoyées à l’enfouissement, 6 tonnes sont vendues au rabais et 5 tonnes sont offertes en donation. La deuxième étape a ensuite été de passer en revue les différentes voies de valorisation des matières organiques, en considérant les possibilités de synergies industrielles comme la refonte, le compostage, l’alimentation animale ou les dons alimentaires. Cette démarche a été réalisée en partenariat avec l’organisme Synergie Estrie, et a permis de mettre en lumière deux modes de gestion en adéquation avec la réalité régionale, soit le compostage et la production de farine d’insecte (entomoculture).

La dernière étape a consisté en une évaluation économique et environnementale des différentes solutions qui s’offraient alors à Chocolat Lamontagne. Pour ce faire, trois scénarios ont été définis. Le premier est le scénario de référence, qui reprend les pratiques actuelles de l’entreprise (mentionnées ci-dessus). Le deuxième est un scénario où les résidus sont envoyés au compostage. Le troisième est un scénario où les résidus entreront dans la chaine de production de l’entomoculture pour nourrir les insectes qui seront transformés en farine protéinée. Ces trois scénarios ont été comparés par une analyse environnementale du cycle de vie (ACV) et par une analyse économique.

L’analyse démontre que la refonte du chocolat permet d’éviter le plus d’impacts environnementaux, alors que l’enfouissement en cause le plus. Ceci confirme un des principes de l’économie circulaire, voulant que la boucle la plus courte soit celle avec le moins d’impacts, tandis que le déchet ultime, en bout de chaine, est celui qui provoque le plus d’impacts. Concernant l’analyse économique, les résultats révèlent que la refonte est la seule option rentable. L’entomoculture est ensuite l’option représentant le moins de pertes, suivi par l’alimentation animale et le compostage.

Au terme de ce travail, Chocolat Lamontagne s’est activement lancé dans des démarches de développement durable, en participant par exemple à des activités de maillage d’entreprises. Une symbiose industrielle devrait voir le jour entre elle et Entosystem, une jeune entreprise productrice de farine d’insecte qui œuvre dans la région de Sherbrooke. Cette dernière voie de valorisation peut sembler peu conventionnelle, mais les résidus de chocolat, dont la qualité de permet pas une refonte, servent désormais de nourriture de qualité pour la production de protéines d’insectes.

-- Bastien Roure, professionnel de recherche au LIRIDE (Université de Sherbrooke)