Prenez du béton, ajoutez de la mécanique quantique, la technologie de chaine de blocs, liez le tout par une couche artistique et vous obtiendrez le projet du collectif INTRIGO, l'un des 4 projets de recherche subventionnés par le programme pilote PRISME.

PRISME est un programme des Fonds de recherche du Québec qui veut décloisonner les disciplines et faire travailler ensemble des chercheurs et chercheuses dont les intérêts de recherche n'ont a priori aucune raison de fusionner. C'est ainsi que Claudiane Ouellet-Plamondon, professeure au département de génie de la construction à l'ÉTS et membre du CQMF s'est associée avec Jean-Ambroise Vesac, professeur en design expérientiel et événementiel à l’UQAT, Bora Ung, professeur en génie électrique à l’ÉTS et Kaiwen Zhang, professeur en génie logiciel et des technologies de l’information à l’ÉTS, pour monter un projet de recherche-création à l'interface de leurs disciplines. Leur objectif est de médiatiser des concepts de mécanique quantique et de la technologie de la chaine de blocs grâce à une œuvre artistique réalisée en béton.

 

Les concepts de mécanique quantique comme la superposition des états quantiques, la dualité onde-corpuscule ou l’intrication de photons ont de quoi inspirer les artistes Patrick Harrop et Étienne Baillargeon, également membres du collectif INTRIGO. Dans cette vidéo, le mouvement de la forme est une transposition visuelle de données sonores elles-mêmes issues du rythme de génération de photons corrélés par le laboratoire de Bora Ung. La sculpture pourrait intégrer des fibres optiques et des sources lumineuses comme des points quantiques et « la superposition de points lumineux peut être une métaphore de la superposition des états quantiques », suggère Bora Ung. En plus de la touche esthétique et artistique, les fibres optiques pourraient avoir un rôle fonctionnel en servant de senseurs pour recueillir et transmettre des informations sur les conditions ambiantes. Se greffe sur le tout une application pour admirer la sculpture en réalité augmentée et en voir émerger des informations.

 

Et la chaine de blocs dans tout ça?

« On veut créer un processus de jetonisation avec la chaine de blocs pour que le public puisse interagir avec la sculpture », répond Claudiane Ouellet-Plamondon. La chaine de blocs ne sert pas seulement à émettre des cryptomonnaies. Cette technologie permet plus généralement d’émettre des jetons, c’est-à-dire une représentation alphanumérique d’un actif financier, d’un bien immobilier, d’un titre de propriété intellectuelle… et notamment d’authentifier une œuvre d’art. L’application de réalité augmentée ne servira donc pas seulement à découvrir des concepts de mécanique quantique, elle permettra aussi au public d’interagir avec la sculpture et même de la faire évoluer en authentifiant sa contribution sous forme de jetons. « Le jeton contient et enregistre l'information sur l’expérience d’une personne avec la sculpture à un moment de sa visite », explique Kaiwen Zhang. « Au lieu de prendre une photo d’une œuvre comme dans un musée, la personne interagit avec l’œuvre et inscrit sa relation à l’œuvre dans un jeton », ajoute Jean-Ambroise Vesac. En multipliant ses interactions, la personne peut ensuite collectionner les jetons et comprendre de façon ludique le mécanisme de la chaine de blocs.

Par-dessus tout, le collectif INTRIGO se donne aussi le défi du développement durable dans les choix des composantes et de l’utilisation de la chaine de blocs, ce qui a d’ailleurs suscité des polémiques lors de la présentation du projet au jury.

 

Assurément, une telle démarche scientifique et artistique ne pourrait pas naitre dans le cadre des projets de recherche habituels.