Ce n’est pas du direct; ça ne concerne donc pas les violences des deux dernières semaines. Mais le délai rétrécit d’année en année : « nous devrions obtenir les premières images dans les prochains jours », a déclaré vendredi, 28 septembre, un chercheur de l’Association américaine pour l’avancement de sciences (AAAS).
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En attendant, l’AAAS dévoilait les résultats d’une étude on ne peut plus opportune, corroborant des accusations de nettoyage ethnique perpétrées ces dernières années en Birmanie.
Les journalistes n’ont pas manqué de souligner le parallèle ironique : la junte militaire birmane contrôle les rues, les monastères et même Internet. Mais elle ne peut pas contrôler le ciel. Big Brother se retourne soudain contre elle.
L’équipe de chercheurs de l’AAAS a étudié 31 des 70 sites où, selon les groupes de défense des droits humains (dont Amnistie International), auraient été commises ces dernières années des violations graves, allant jusqu'au nettoyage ethnique. Pour ce faire, elle a commandé à trois compagnies privées (ObbView3, Ikonos et QuickBird) des images prises par leurs satellites avant et après ces supposés événements. Et le résultat est probant : dans 25 des 31 cas, les photos montrent effectivement des villages au mieux endommagés, au pire détruits, explique le chercheur principal, Lars Bromley.
« Nous avons trouvé des preuves de camps militaires agrandis dans quatre autres endroits, ainsi que ce qui semblent être plusieurs villages relocalisés, et nous avons documenté la croissance d’un camp de réfugiés à la frontière thaïlandaise. Tout cela correspondait aux rapports de multiples violations des droits humains en Birmanie. »
La Birmanie est accusée depuis longtemps de mener une politique répressive à l’égard d’une minorité, les Karen. Dans la région occupée par ce peuple, l’équipe de l’AAAS a pu confirmer, entre autres, que des villages avaient été brûlés autour du 22 avril dernier, et des images plus récentes montrent des « cicatrices » causées par des incendies dans cette dense forêt.
Ce n’est pas le premier bon coup de l’AAAS. Cette recherche, intitulée Droits humains et technologies géospatiales, a déjà utilisé des images commerciales pour confirmer des « incidents » au Darfour et au Zimbabwe, deux régions d’Afrique déchirées depuis des années par la guerre civile. Mais en Birmanie, la difficulté était augmentée parce qu’il s’agit d’une région couverte d’une épaisse végétation tropicale; pas question de voir aussi facilement ce qui se passe sur le sol.
« Des preuves physiques d’attaques contre des civils peuvent parfois être plus subtiles que les traces de destruction du type « frapper et brûler » que nous avions vues au Darfour ou au Zimbabwe. On a aussi affaire à un écosystème luxuriant, où la végétation peut rapidement couvrir des traces d’incendies. »
Mais le bond technologique par rapport à l’époque de la guerre en Yougoslavie est impressionnant : dans les années 1990, de telles preuves de nettoyages ethniques avaient effectivement été fournies par des images satellites. Mais ces images ne provenaient que de satellites militaires, et les militaires n’étaient pas prompts à révéler ce qu’étaient capables de voir leurs engins. Aujourd’hui, il y a là-haut des satellites commerciaux, capables de prendre des photos que n’importe qui peut ensuite acheter, voire commander —et les groupes de défense des droits humains commencent à découvrir l’usage qu’ils peuvent en faire.
« C’est un excellent exemple de la façon dont la science et la technologie peuvent être utilisées pour dévoiler des violations des droits humains », a expliqué ces derniers jours, sur maintes tribunes, Mona Younis, directrice, à l’AAAS, du programme Science et droits humains.





