Le succès du premier Spoutnik, le 4 octobre 1957, fut un moment de gloire, mais presque un accident de parcours. Le système politique hyper-centralisé a nui au développement subséquent de la science, et la Russie en vit encore avec les conséquences.
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Même avant le Spoutnik, les conséquences d’un marxisme centralisateur étaient pourtant écrites dans le ciel : pendant 30 ans, un charlatan nommé Trofime Lyssenko a réussi à imposer aux plus hauts niveaux de l'État sa vision scientifique délirante sur la reproduction des végétaux. Parce qu’elle était acceptée et promue par Staline lui-même, cette vision a supplanté la génétique alors naissante, et elle a paralysé une partie de la science soviétique pendant 30 ans.
Bien que dans les années 1970 et 1980, l’Union soviétique ait abrité davantage de scientifiques et d’ingénieurs que les États-Unis, ceux-ci ont peu apporté aux sciences de la vie pendant toute cette période. En aéronautique et en astronautique, certes, ils ont souvent été à l’avant-garde mondiale : mais toujours en fonction d’une économie dirigée —dans ce cas-ci, budgets militaires— qui ne laissait aucune place, ou si peu, à l’initiative personnelle.
Et ce sont là des habitudes difficiles à perdre, juge sévèrement la revue britannique Nature dans son éditorial du 4 octobre. Le système scientifique russe est incapable de « rencontrer les besoins du 21e siècle » et « l’Académie russe des sciences se replie vers son passé sclérosé... Plusieurs (peut-être la majorité) de ses membres s’opposent avec entêtement à toute proposition de réforme, qu’elle émane de l’académie elle-même ou du gouvernement de Vladimir Poutine ».
Nature va jusqu’à accuser la « vieille garde » des chercheurs russes d’être indifférente à la publication dans des revues internationales, et de regarder de haut ceux qui associent l’avancement d’une carrière à l’impact d’une parution dans une revue scientifique « étrangère ». C’est d’un grand brassage d’idées dont la Russie a besoin, non pas pour singer l’Ouest mais pour distribuer plus intelligemment ses fonds de recherche limités.
« S’accrocher au passé glorieux ne suffit plus ». Même quand ce passé s’appelle Spoutnik.





