Les enfants-soldats s’adaptent étonnamment bien à la vie après la guerre. Cette conclusion, qui va à l’encontre du sens commun, ressort pourtant d’une recherche présentée récemment dans un congrès américain.

Selon Jeannie Annan, psychologue à l’Université de New York, et co-directrice de cette recherche, bien qu’une guerre soit dévastatrice pour la vie d’un enfant, de plus en plus de données en provenance de zones de guerre en Afrique tendent à démontrer que les anciens enfants-soldats s’intègrent généralement bien à leur communauté, et qu’ils sont plus impliqués politiquement et socialement que leurs semblables qui ont été exposés à la violence mais n’ont jamais été obligés de se battre.

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Les résultats ont été présentés en avril lors du congrès de l’Association américaine de psychiatrie, et font l’objet de publications préliminaires depuis 2007.

Les études antérieures n’avaient porté que sur une poignée d’individus, reproche la psychologue, qui reconnaît avoir voulu présenter, avec son équipe, une « contre-expertise à la notion » voulant que les enfants-soldats soient sévèrement perturbés.

L’Étude des jeunes affectés par la guerre a porté sur des communautés en Ouganda, où une Armée de résistance du seigneur affronte violemment les troupes gouvernementales depuis la fin des années 1980. Ont été interrogés, 741 jeunes hommes et garçons, et 619 jeunes femmes et filles, en 2005 et 2006. Chez la nation acholi, dans le nord, des enfants sont régulièrement enlevés et beaucoup deviennent, de gré ou de force, des combattants eux-mêmes. Des négociations de paix n’ont commencé qu’en 2006.

Tous les jeunes des régions affectées par la guerre souffrent, à un degré ou à un autre, des impacts du conflit, selon l’étude —des écoles qui ont cessé de fonctionner jusqu’à la capacité à gagner sa vie. Mais “en termes relatifs”, les anciens enfants soldats se portent “raisonnablement bien”. “Ils vivent chichement, mais tout le monde vit chichement”, résume dans le New Scientist Chris Blattman, du Centre de développement global à Washington, co-directeur de l’étude. “Ils ne sont pas des parias” dans leurs communautés, contrairement à la croyance populaire en Occident.

Les filles qui ont été enlevées et qui ont servi d’esclaves sexuelles ont par contre plus de difficultés que les garçons à revenir à une vie normale: 14% ont reconnu aux enquêteurs que leurs familles disaient parfois des choses blessantes à leur égard.

Un autre chercheur avait précédemment suivi cette piste: Neil Boothby, directeur du Programme des migrations forcées à l’Université Columbia de New York, avait évalué la santé à long terme de 40 anciens soldats du Mozambique, qui avaient été enlevés alors qu’ils étaient encore enfants, dans les années 1980. Son organisme avait aidé ces jeunes, alors âgés entre 8 et 16 ans, à leur retour dans leurs communautés, en leur fournissant de la nourriture et des vêtements et en tentant de faciliter leur réintégration.

Quinze ans plus tard, presque tous étaient propriétaires de leur maison, et 80% étaient mariés. Ils étaient plus susceptibles que leurs voisins d’avoir un revenu en plus de leur travail de fermier, et 75% avaient des enfants qui allaient à l’école, contre une moyenne nationale de 52%. Le chercheur a par contre identifié des syndromes post-traumatiques chez 15 des 40 anciens enfants-soldats, qui avaient encore des cauchemars récurrents en 2003.

Faut-il y voir un signe de plus de l’extraordinaire force de résistance humaine? C’est en tout cas le message que semblent vouloir envoyer Jeannie Annan et Chris Blattman, qui militent pour un accroissement de l'aide financière, mais surtout, pour que l’aide aux communautés déchirées par la guerre se concentre sur l’amélioration de l’éducation et des opportunités d’emplois: une telle amélioration, disent-ils, constitue la meilleure façon de faciliter l’adaptation des enfants-soldats qui ont la chance de revenir un jour chez eux.

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