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Les décharges de neige seraient un grand défi de gestion climatique pour les villes québécoises. Par exemple, les dépôts de Montréal émettraient une grande quantité de méthane, tout comme les décharges inertes —celles qui sont aujourd’hui non utilisées— révèle une récente étude québécoise.

« Nous pensons que cela est dû au fait que beaucoup de matières organiques – des feuilles, de la terre ou des déchets - se mélangent à la neige. C’est une source de nourriture pour les microbes producteurs de méthane, comme dans les décharges », explique Peter Douglas, professeur au département des sciences de la Terre de l’Université McGill et coauteur de l’étude. 

Mais c’est une piste qui reste à confirmer. « Cela nécessite des recherches supplémentaires. »

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Le méthane (CH4) est un puissant gaz à effet de serre. Chaque molécule a ainsi un potentiel de réchauffement 30 fois plus important que le dioxyde de carbone (CO2).

Près de 65% des émissions de méthane sont liées à l’activité humaine, et les villes y participent significativement. Montréal ne fait pas exception, avec 1,7 million d’habitants et 4,3 millions dans sa région métropolitaine. 

Les chercheurs ont dressé une carte de distribution spatiale des différentes sources d’émissions du méthane selon les différents secteurs de la métropole. On peut y voir que certains quartiers plus défavorisés et densifiés, comme Saint-Michel, produisent plus d’émissions de ce gaz à effet de serre. 

Au contraire des déchets montréalais, qui pour la plupart sont traités en-dehors de la ville, c’est sur le territoire de Montréal que se retrouvent les décharges de traitement et de récupération de la neige. 

C’est le cas des quartiers à forte densité de population, tels que Ville-Marie, le Plateau-Mont-Royal et Verdun, qui devraient donc être prioritaires en matière de détection et de réduction des fuites de méthane.

Le bilan n’est toutefois pas entièrement sombre : Montréal reste pour l’instant l’une des métropoles canadiennes les moins émettrices de méthane, avec des émissions annuelles d’environ 10 000 tonnes par an, note le chercheur.

Et à une échelle plus globale, la majorité du méthane relâché dans l’atmosphère au Canada (40%) provient de l’industrie pétrolière et gazière. 

Un habitat idéal pour les microbes

Le grand dépôt de neige de la Carrière Francon, dans le quartier Saint-Michel, qui est aussi le plus grand dépôt à neige de la métropole, occupe une ancienne carrière, donc essentiellement une grande fosse. La neige y est déversée chaque hiver, puis elle fond en été, formant un grand lac. 

« Certaines années, la neige ne fond pas complètement dans ce grand trou. L'eau s'accumule et forme un habitat idéal pour les microbes producteurs de méthane », explique le Pr Douglas. Les niveaux de méthane seraient aussi importants que les fuites de gaz naturel montréalaises, généralement considérées comme les principales sources urbaines de méthane.

« Les fuites de gaz naturel sont probablement importantes, mais nous en voyons beaucoup moins de traces avec nos méthodes », nuance le chercheur.

Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont sillonné, pendant quatre ans, plus de 3300 km de rues de la région métropolitaine  avec leur système mobile de surveillance.

La plateforme ACES (Atmospheric Composition and Environmental Survey) rassemble de l’équipement d’analyse de méthane, une station météo et un GPS, le tout pouvant être mis sur un vélo, une voiture ou à l’arrière d’un pick-up.

Quatre campagnes de prélèvements de données (2019, et de 2022 à 2024) ont permis de relever 3045 points d’émissions notables (ou « points chauds ») au cours de l’été et de l’automne.

« Les principales sources de méthane sont probablement des fuites irrégulières provenant des égouts, liées aux précipitations et à d'autres facteurs environnementaux. Nous devons valider cela avec d’autres études », note le chercheur.

La moitié des points chauds (52%) montrent toutefois une faible concentration de méthane – entre 0,05 et 0,2 ppm (parties par million). Un tiers (31%) sont « moyens » – 0,2 à 1 ppm – alors que 16% sont « gros » avec plus de 1 ppm d’émission de méthane.

Ces plus gros points chauds sont à proximité de quatre décharges qui contribuent entre la moitié et les deux tiers des émissions quotidiennes – de 6641 à 18 467 kg de méthane par jour.

Des GES dans les dépôts à neige

À part la décharge de Sainte-Sophie, située à l’extérieur de Montréal, les trois autres centres de dépôts accueillent uniquement de la neige, comme la carrière Francon, aussi appelée le Complexe environnemental Saint-Michel.

C’est pour cela que l’équipe pense que la gestion des dépôts à neige fait partie des solutions pour réduire les gaz à effet de serre. « C’est un élément important de la contribution de Montréal aux changements climatiques et nous devrions nous concentrer en premier lieu sur la réduction des émissions provenant des sources les plus importantes, à savoir les décharges et les dépôts de neige », insiste le Pr Douglas.

Cela implique de mettre au point de meilleurs systèmes de collecte des gaz dans les décharges et de poursuivre les travaux de recherche sur les émissions de méthane issues des dépôts à neige, afin de comprendre ce qui cause les émissions.

« Les solutions pourraient inclure le stockage de la neige dans d'autres endroits qui ne forment pas de lacs de neige fondue, et éventuellement, l'ajout de produits chimiques afin d'empêcher les microbes de produire du méthane », ajoute le chercheur.

Le Complexe environnemental Saint-Michel, situé en plein cœur d’un quartier résidentiel, pourrait donc bénéficier de la captation de biogaz, comme une équipe de recherche de l’Université de Sherbrooke l’a déjà expérimentée.

Une piste de solution qui pourrait même s’insérer dans le plan de carboneutralité 2050 de Montréal. 

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