Le troisième lundi de janvier serait le « Blue Monday », une journée nommée ainsi parce qu’on aurait soi-disant démontré, statistiques à l’appui, qu’il s’agit du jour du plus grand nombre de dépressions de l’année. Or, c’est complètement faux. Derrière cette rumeur, il n’y a ni statistiques ni études… mais une belle campagne de relations publiques.
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Selon le dictionnaire Merriam-Webster, le terme Blue Monday aurait été employé pour la première fois en 1885 pour exprimer le sentiment de déprime qui survient en début de semaine quand il est temps de retourner au travail. Quelques études réalisées depuis, en 2004, 2014 et 2024, ont conclu que le lundi affectait l’humeur et influençait même les marchés financiers et les taux de suicide.
C’est toutefois en janvier 2005 que le lien entre le troisième lundi de janvier et la journée la plus déprimante de l’année est apparu. Cette idée serait basée sur une « formule mathématique » (somme des dettes, temps écoulé depuis Noël, température, salaire mensuel, motivation, etc.), élaborée par le psychologue Cliff Arnall, de l’Université de Cardiff, en Grande-Bretagne pour identifier le jour du « pic » annuel de déprime.
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Cependant, l’auteur de la chronique « Bad science » au quotidien britannique The Guardian a révélé dès 2006 qu’il s’agissait en réalité d’un travail financé par une agence de voyages, Sky Travel : une façon pour celle-ci de convaincre davantage de Britanniques de s’acheter des billets vers des destinations soleil. Arnall n’était même pas officiellement professeur à l’Université de Cardiff. Celle-ci avait d’ailleurs demandé au chroniqueur du Guardian de préciser qu’Arnall était « tuteur à temps partiel » et qu’il avait quitté l’institution en février 2006.
Selon le Centre for Addiction and Mental Health associé à l’Université de Toronto, il n’y a aucune base scientifique pour appuyer l’idée que le troisième lundi de janvier est la journée la plus déprimante de l’année. Cliff Arnall a d’ailleurs lui-même réfuté l’idée dans une entrevue accordée au journal The Telegraph en 2010.
Cela n’a pas empêché le concept, depuis, de rester en vie et de resurgir chaque année, comme le souligne un article de janvier 2025 de CTV News.
Ceci dit, comme le rappelle une analyse récente sur le site universitaire The Conversation, même si le Blue Monday est un mythe, certaines personnes peuvent quand même être touchées par la dépression saisonnière en janvier, puisque ce mois est particulièrement froid et sombre. Le manque de luminosité pourrait en effet dérégler nos rythmes circadiens.
Verdict
Même si le temps froid et le début de semaine ont parfois été associés à la déprime, le troisième lundi de l’année ne correspond pas à un hypothétique « pic » annuel de déprime. Le Blue Monday est donc avant tout un coup de marketing.
Une première version de ce texte est parue en 2018. Les informations ci-dessus ont été mises à jour.





