Y a-t-il une limite au nombre de fois qu’on peut cloner? Une expérience sur des souris, en cours depuis 20 ans, semble répondre par l’affirmative.
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Après 58 générations et plus de 30 000 tentatives de clonages —qui ont donné naissance à 1206 souris— une équipe de chercheurs conclut en effet que ce « clonage en série » a atteint ses limites. D’une génération à l’autre, des mutations s’accumulent en nombre anormalement élevé, jusqu’à atteindre un seuil au-delà duquel la « copie » n’est plus viable.
L’expérience est d’intérêt pour les éleveurs qui cherchent à conserver une lignée, voire un animal aux caractéristiques idéales. Parce que cela suggère qu’à long terme, cette forme de « reproduction » ne serait pas soutenable.
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Pendant la première décennie, l’espérance de vie des souris n’était pourtant pas affectée, et elles semblaient vivre des vies semblables à leurs comparses « non clonées ». Des problèmes ont commencé à apparaître dans la deuxième décennie, à partir de la 27e génération. Il est devenu alors de plus en plus difficile pour les chercheurs de cloner la souris. À la 58e génération, elles sont toutes mortes après la naissance.
Les résultats sont parus le 24 mars dans la revue Nature Communications. L’un des auteurs de la recherche, le biologiste de la reproduction Teruhiko Wakayama, de l’Université de Yamanashi, au Japon, a lui-même contribué depuis trois décennies à repousser les limites du clonage. Après avoir participé au premier clonage réussi d’une souris en 1997, il a notamment réussi des clonages à partir du noyau de souris décédées, de souris qui avaient été congelées depuis 16 ans, ou de cellules gelées et asséchées. Quant à l’expérience dont il est question ici, elle avait été bel et bien entreprise en 2005, sur une souris femelle, dans le but de tester combien de temps il serait possible d’utiliser un même modèle de souris que l’on clonait et re-clonait d’une génération à l’autre.
L’équipe estime que le taux de mutation chez les clones était jusqu’à trois fois plus élevé que chez les autres souris. Ils n’ont pas pu identifier une mutation ou une séquence génétique qui aurait été « la » cause des échecs, mais il semble plutôt s'agir d'une accumulation: ils notent que de « larges changements dans l’ADN » s’ajoutent dans les dernières générations, incluant des fragments de chromosomes effacés, inversés ou transférés à un autre chromosome.





