C’est un constat en été : il fait plus chaud dans les quartiers défavorisés de la métropole, et c’est parce qu’il y a moins d’espaces verts. C’est le clou qu’enfonce une récente étude québécoise montrant les conséquences de l’inégale répartition d’aménagements urbains végétalisés.
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« Nous avons constaté que les populations vulnérables, comme les personnes âgées et les enfants, vivant dans des communautés plus marginalisées, bénéficiaient moins des avantages liés au verdissement de Montréal», relève la doctorante en géographie, urbanisme et environnement de l’Université Concordia, Lingshan Li.
En effet, à Montréal, il fait plus chaud dans les quartiers où les revenus sont plus faibles, l'accès à l'éducation plus limité et la proportion de résidents issus des minorités visibles plus élevée. En raison d’une végétation moins abondante.
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Déjà, le climat canadien se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et de nombreuses villes connaîtront au moins quatre fois plus de vagues de chaleur extrême – les journées où la température dépasse 30 °C - au cours des prochaines décennies.
À l'été 2025, Montréal a connu quelques jours de plus de 33 °C, avec des conséquences mortelles. La métropole s'est engagée à planter 500 000 nouveaux arbres dans les zones vulnérables aux vagues de chaleur d'ici 2030 —pour atteindre un objectif de 26 % de couvert forestier.
Les chercheuses ont donc cherché à comprendre dans quelle mesure les groupes vulnérables bénéficient de ce rafraîchissement apporté par les espaces verts urbains et ce qui a conduit à cette répartition inégale.
Bien que d'autres facteurs, tels que les cours d’eau, les bâtiments et le vent, influencent la température de surface, le modèle élaboré par les chercheuses se concentre uniquement sur la végétation.
Où et comment planter des arbres en ville?
À l'aide d'images satellites et de données issues de la technologie d'imagerie laser, de détection et de télémétrie (LiDAR), l’équipe a comparé la température au sol et la couverture végétale (arbres, arbustes et pelouses) entre les différents quartiers de Montréal.
Les chercheuses ont ainsi regardé le pourcentage de couverture d’arbres et la couverture de la végétation et d’arbustes des différents quartiers. Ces indicateurs sont importants pour estimer la capacité de refroidissement des aménagements paysagers urbains - comme dans le plan d'augmentation de la canopée adopté par la ville de Montréal.
Mais ce n’est pas juste une question de nombre. La quantité et le niveau d'agrégation des arbres ainsi que la quantité d'herbe et d'arbustes sont certes trois facteurs clés pour expliquer le refroidissement des environs. Mais la quantité et la disposition des infrastructures vertes urbaines ont aussi une incidence sur leur capacité à rafraîchir une ville.
Ainsi, les résultats indiquent que les grandes zones boisées, installées en continu, refroidissent mieux leur environnement que les petits groupes d’arbres dispersés.
« L’emplacement est un facteur important qui passe souvent inaperçu, tandis que la disposition des arbres, des parcs et des autres espaces verts, modifie leur capacité à fournir de l'ombre et à libérer de l'humidité dans l'air. Ces deux facteurs déterminent ensemble leur capacité à faire baisser la température ambiante », note la chercheuse.
De plus, il vaudrait mieux privilégier les arbres : une augmentation de 10% de la couverture arborée peut réduire la température à la surface du sol d'environ 1,4 °C tandis qu’une augmentation similaire de la quantité d'arbustes et d'herbe réduit les températures d'environ 0,8 °C.
Tout cela renvoie donc à un concept important pour l’équipe de recherche : la justice environnementale. « Cela aide à identifier les zones où il existe des inégalités environnementales », relève la chercheuse. Une répartition inégale de la végétation limite l'accès des habitants à la fraîcheur dans certains quartiers. Cela contribue aux inégalités sociales au sein d'une ville.
Inégaux face au verdissement montréalais
Les quartiers de la ville qui regorgent d'espaces verts comprennent Le Plateau-Mont-Royal, Outremont, L'Île-Bizard–Sainte-Geneviève et Senneville, la municipalité-village de l’ouest de Montréal.
En revanche, des quartiers comme Montréal-Est, Saint-Léonard et Saint-Laurent, sont ceux qui en comptent le moins, avec des endroits bénéficiant de moins de fraicheur qui sont principalement à proximité des zones industrielles.
Les chercheuses ont clairement observé une relation avec le revenu médian et la proportion de personnes titulaires d'un diplôme d'études postsecondaires. À l'inverse, la proportion de minorités visibles et de personnes sans diplôme est corrélée au manque d‘espaces verts.
Elles ont aussi élaboré un « indice de rafraîchissement » pour chaque quartier, qui varie selon les différents besoins de fraîcheur de la population – les jeunes et les personnes âgées sont, par exemple, plus vulnérables aux fortes chaleurs.
Et des quartiers comme Pointe-Claire et Montréal-Nord, bien que disposant de nombreux espaces verts, affichent un indice faible en raison du nombre élevé des personnes vulnérables qui y vivent.
Pour résoudre ce problème, les responsables municipaux devraient élaborer des plans d'action hiérarchisés pour les efforts de verdissement, qui accordent la priorité aux zones où le besoin de refroidissement est le plus grand. Et « un accès équitable à ces espaces devrait être garanti pour les résidents des communautés défavorisées », relève la chercheuse.
Ainsi, les auteures suggèrent aux urbanistes de regrouper les parcelles d'arbres en grandes zones continues lorsque cela est possible. Lorsque l'expansion des infrastructures vertes est limitée par le bâti et l’utilisation industrielle des sols, des espaces verts publics supplémentaires devraient être créés dans les zones environnantes.
Tout comme il serait aussi utile de concevoir des interventions à plus petite échelle avec des parcelles d'arbres aux formes plus irrégulières et mieux connectées entre elles. « Toutes ces actions vont favoriser le refroidissement à micro-échelle et les citoyens qui y vivent vont en profiter, particulièrement le jour », ajoute encore Mme Li.
Souligner les iniquités environnementales
La chercheuse postdoctorante au Centre Urbanisation Culture et Société de l’INRS, Hélène Madénian, qui n’a pas participé à cette recherche, commente que son apport principal est de « montrer qu'à Montréal, comme dans d'autres villes, les iniquités environnementales sont à deux niveaux : une distribution territoriale des espaces verdis inégale et un déséquilibre entre l'offre de verdissement et les besoins des populations, notamment plus âgées ».
Elle rappelle que les auteures invitent à tenir compte des besoins des groupes vulnérables – par exemple, les jeunes enfants et les personnes âgées— pour planifier les projets, « ce qui est en effet très important si on veut une ville juste ».
Du côté des bémols de l’étude, il y a le fait que les terrains sur lesquels on pourrait planter sont très limités à Montréal. « Il s’agit de terrains publics versus privés. La mesure utilisée (Land surface temperature) pourrait aussi ne pas représenter pleinement l'expérience thermique vécue par les gens », qui dépend aussi de facteurs dits « microclimatiques » ou de leur propre niveau de confort.



