Au final, les contenus créés par l’intelligence artificielle n’auront pas eu l’impact qu’on aurait pu craindre sur les élections québécoises. Et un impact sur d’autres élections récentes ne s’est pas non plus fait sentir. A-t-on raison de s’inquiéter? Le Détecteur de rumeurs fait le point sur les quatre risques les plus souvent identifiés.
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Faits à retenir
- L’IA peut polluer l’information et ne pas s’informer aux bonnes sources
- Elle peut créer des tendances et de faux contenus
- Mais pour l’instant, aucun de ces dérapages n’a pu être associé à une influence sur les résultats d’une élection
1) L’IA peut polluer l’information
Dans un rapport publié en mai 2026, le groupe de réflexion britannique DEMOS, qui se spécialise dans l’élaboration de politiques publiques, rappelait que les agents conversationnels comme ChatGPT, ou bien les outils de recherche comme Google AI Overviews, étaient de plus en plus populaires auprès des électeurs pour trouver des informations.
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Au Québec, dans sa mise à jour du 18 septembre, l’Observatoire de l’écosystème médiatique, à l’Université McGill, estimait qu’un Québécois sur cinq avait utilisé l’IA pendant la campagne électorale provinciale de 2026 pour comparer les partis et les candidats entre eux.
Le problème est que l’IA générative est connue pour produire des informations erronées —incluant des informations carrément inventées. Les agents conversationnels ne sont pas en mesure de fournir des informations fiables, prévenait l’UNESCO dans un document de 2025 sur la liberté d’expression, l’intelligence artificielle et les élections.
Lors de la campagne électorale du printemps 2026 en Écosse, DEMOS avait analysé les réponses de l’IA générative à différentes questions sur les élections. En général, ces outils avaient un taux d’erreur de 34,1 %. ChatGPT, en particulier, se trompait 46,2 % du temps.
Un exercice similaire a été effectué pendant la campagne électorale québécoise par l’Observatoire de l’écosystème médiatique. Il a remarqué que, pour les questions concernant le processus électoral, l’IA citait bien Élections Québec, mais que l’information qu’elle rapportait contenait souvent des erreurs ou des imprécisions.
Et le même groupe a noté la même chose en Alberta, dans le cadre de la campagne en vue du référendum du 19 octobre. Google Ai Overviews et ChatGPT « ont donné des réponses incohérentes, parfois contradictoires, aux mêmes questions ».
2) L’IA peut ne pas s’informer aux bonnes sources
De plus, dans l’analyse du groupe DEMOS, on apprenait que 46,9 % des réponses des agents conversationnels ne mentionnaient pas de sources, alors que certaines IA génératives, comme Grok, utilisaient des sources de faible qualité. Cette observation s’explique en partie par le fait que plusieurs sites considérés comme fiables bloquent l’accès de l’IA à leur contenu.
Une analyse réalisée en 2025 par PSG Consulting, une firme de consultants en stratégie politique située à Washington, avait d’ailleurs constaté que seulement 50 % des sites considérés comme très fiables étaient accessibles aux IA, alors que c’était le cas de 90 % des sites considérés comme peu fiables.
Dans un document du Service de recherche du Parlement européen paru en décembre 2025, on citait également une étude de la firme américaine NewsGuard, spécialisée dans la lutte à la désinformation, qui avait noté que 67 % des sites de nouvelles empêchaient l’IA d’éplucher leur contenu.
Le phénomène est similaire au Québec: l’Observatoire de l’écosystème médiatique mentionnait que les médias comme Radio-Canada, La Presse, Le Devoir et Noovo, bloquaient aux systèmes d’IA l’accès à leurs sites web.
Par ailleurs, dans un article publié le 19 juillet 2026, le New York Times racontait comment un candidat aux primaires démocrates du Missouri avait réussi à modifier les réponses à son sujet sur ChatGPT et Google Gemini, en publiant une foire aux questions sur son propre site web et en publiant sur Reddit.
Enfin, dans son audit de deux outils d’IA, l’Observatoire de l’écosystème médiatique constatait en septembre 2026 qu’un site créé au Québec par l’IA le 21 août et contenant plusieurs erreurs, était devenu la deuxième source la plus souvent citée par ChatGPT lorsqu’on lui demandait des recommandations de vote. Le 10 septembre, cette source était citée dans 39% des réponses, et le 23 septembre, dans 63% des réponses.
3) L’IA peut créer des tendances sur les réseaux sociaux
Dans le rapport de 2025 de l’UNESCO, les auteurs soulignaient que ce sont maintenant les plateformes de réseaux sociaux qui contrôlent la distribution de l’information. Elles influencent la visibilité et la portée des messages. Les désinformateurs l’ont bien compris.
Par exemple, un phénomène appelé désinformation populaire planifiée (ou « astroturfing » en anglais), est une méthode visant à influencer l’opinion publique en créant une apparence de consensus sur un sujet. Cela existait longtemps avant Internet: les compagnies pétrolières sont réputées pour avoir financé, il y a des décennies, de faux groupes citoyens dans le but de créer une apparence de consensus sur l’opposition à une réglementation des carburants fossiles. Mais c’est aujourd’hui beaucoup plus facile : l’IA permet de générer en un temps record de faux comptes qui vont publier de fausses informations. Ces agents IA peuvent même converser avec les utilisateurs et pourraient potentiellement submerger les réseaux sociaux de propos nuisibles, s’inquiétaient les auteurs du document de l’UNESCO.
Dans un article du New York Times paru le 18 septembre 2026, on apprenait d’ailleurs que les gouvernements chinois et iraniens, de même que certaines compagnies israéliennes privées, étaient derrière des campagnes de ce genre qui ciblaient les électeurs américains à l’approche des élections de mi-mandat de novembre.
4) L’IA peut fabriquer de faux contenus
Pour créer ces tendances, il faut donc que l’IA soit utilisée pour créer des contenus. Dans un rapport intitulé Harmful Hallucinations : Generative AI and Elections et qui avait été publié dès 2024, le Centre pour l’étude des institutions démocratiques de l’Université de la Colombie-Britannique donnait l’exemple des dernières élections parlementaires en France. Plusieurs partis politiques avaient alors partagé des dizaines d’images produites par l’IA sur leurs réseaux sociaux, sans en indiquer la provenance. Au-delà des partis, ce sont près de 10 000 vidéos générées par l’IA qui ont été publiées sur TikTok au sujet de l’élection.
Dans un rapport publié à la fin de septembre 2026 sur les élections au Brésil, l’Agence Lupa, un organisme brésilien de vérification des faits, et ses partenaires avaient observé, en un mois, 920 contenus générés ou manipulés par l’IA, soit une vingtaine par jour. Près des deux tiers (60%) ne disaient pas que l’IA avait été impliquée.
Les hypertrucages ou deepfake sont évidemment une préoccupation. On sait que des vidéos ayant usurpé l’identité de politiciens ont été partagées en Inde, au Pakistan, au Mexique, en Corée du Sud, au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Québec. En août, quatre des principaux partis politiques québécois ont adhéré au Code de bonne conduite proposé en 2025 par l'Institut de valorisation des données et le Centre d'expertise international de Montréal en intelligence artificielle.
Mais est-ce que l'IA a eu un impact?
Les risques sont donc nombreux. Mais pour l’instant, aucun de ces dérapages n’a pu être associé à une influence notable que l’IA aurait eu sur les résultats d’une élection.
La désinformation la plus visible, celle des hypertrucages, est facile à déboulonner, selon le Centre canadien pour l’étude des institutions démocratiques. Indépendamment de la qualité de l’image, les électeurs sont moins susceptibles de tomber dans le panneau si la vidéo met en scène un événement public qui a été relayé par d’autres médias ou si la personnalité est dépeinte d’une façon très différente de la réalité.
Deux chercheurs qui s'étaient penchés sur le cas de deepfakes dans l’élection slovaque de 2023, avaient conclu qu’il était impossible de leur attribuer un impact sur le résultat, parmi les autres facteurs propres à cette campagne.
De la même façon, l’émission Les Décrypteurs de Radio-Canada mentionnait, en mai 2025, que l’IA générative n’avait pas eu d’impact mesurable sur les élections canadiennes: elle avait « principalement été utilisée à des fins humoristiques ou de communication politique ».
Un constat similaire avait été fait par NewsGuard après l’élection présidentielle américaine de 2024: moins d’un quart (22%) des fausses affirmations analysées émanaient d’hypertrucages ou de « manipulations numériques ». Mais beaucoup étaient peu sérieuses, comme les images montrant Donald Trump célébrant sa victoire avec Vladimir Poutine.



