Mais de là à titrer « Darwin avait tort », il y a une marge, s’indigne le biochimiste et blogueur Laurence A. Moran. Il s’en prend au magazine britannique de vulgarisation scientifique The New Scientist, qui a choisi ce titre pour attirer l’attention sur sa page couverture du 24 janvier. « Il se trouve, résume-t-il, que je crois que la science de l’évolution a progressé depuis 1859, et je suis un défenseur de processus évolutifs dont Darwin ne connaissait rien. Néanmoins, proclamer que « Darwin avait tort » est une autre histoire ».
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Lui-même et d’autres scientifiques blogueurs ont critiqué cette stratégie de communication, craignant que les créationnistes ne s’en donnent à coeur joie.
Il est certain qu’il y a environ une décennie que se fait sentir le besoin de remplacer une métaphore vieille de 150 ans —l’arbre— par une autre, plus adaptées aux connaissances modernes. Cela pourrait être un buisson, à en juger par l’illustration ci-contre. Un buisson qui, dans sa section correspondant aux premiers milliards d’années de notre planète, serait toutefois fort étrange, là où Darwin avait imaginé un « tronc commun ». « La prime histoire de l’évolution, résume Laurence Moran, est sans doute caractérisée par un réseau de vies plutôt que par un arbre traditionnel. Ce « réseau » est causé principalement par plusieurs exemples de transferts génétiques ».
Pas facile, donc, de trouver une métaphore qui convienne aux multiples ramifications de ce qu’est devenue la biologie depuis Darwin : les actualités qui surgissent ici et là ces dernières années sur le rôle de l’ARN et des protéines, le transfert de gènes d’une espèce à l’autre, ou la quête de gènes communs à tous les êtres vivants, ne sont que la pointe de l’iceberg des discussions actuellement en cours chez les généticiens.
Des débats sur les origines de la vie, qui remettent certes en cause une des visions de Darwin —l’arbre— mais des débats qui, à l’inverse, doivent leur existence même à la percée accomplie par un certain naturaliste britannique, il y a 150 ans...
Pascal Lapointe





