CHICAGO - Responsabilité sociale du scientifique, implication du scientifique en politique, Je vote pour la science... Quand on évoque ces idées, on pense toujours aux grands enjeux nationaux et internationaux. Et on oublie le « local ». Samedi matin, dans une petite salle du congrès de l’AAAS, avait lieu une session de formation : comment un scientifique doit-il faire pour se présenter aux élections scolaires?

« C’est la troisième fois » qu’une telle formation est donnée dans un congrès de l’Association américaine pour l’avancement des sciences, « et je crois qu’ils sont décidés à la donner chaque année », explique son promoteur, Jon D. Miller, de l’Université Northwestern, à Chicago.

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Il se dit convaincu que davantage de scientifiques devraient s’impliquer en politique, y compris dans cette forme de politique hyper-locale que sont les conseils scolaires : là où se décident, aux États-Unis, les programmes scolaires, l’achat d’équipements, les sorties des élèves...

L’idée peut surprendre, parce que jusqu’ici, chaque fois qu’on a parlé « science et politique », c’était pour des enjeux plus globaux comme le réchauffement climatique —par exemple, l’appel d’Al Gore aux scientifiques, la veille de cette session de formation. Ce congrès de l’AAAS présentait par ailleurs deux symposiums sur les espoirs que fait miroiter un gouvernement Obama.

« Vous savez, je ne suis pas opposé aux scientifiques qui se présenteraient aux élections au Congrès, précise Miller. Mais c’est un virage professionnel. Vous cessez de faire de la science, et vous allez faire de la politique, parce que le Congrès, c’est un travail à temps plein. »

Et qui, demande-t-il, est mieux placé qu’un scientifique pour vendre au public l’importance d’une bonne éducation?

Jon Miller est un des chercheurs de Chicago les plus connus à l’étranger. Il a derrière lui 30 ans de recherches sur les relations entre la science et le grand public, les connaissances scientifiques qu’ont les gens, ou la peur qu’ils ont du mot science. Il est arrivé par les sciences sociales mais travaille parmi les scientifiques depuis 30 ans. Et il a aussi été lui-même élu conseiller scolaire à Chicago, il y a 25 ans.

Quand on lui rappelle Science Debate, ce projet de débat sur la science entre des candidats à la présidence qui a vu le jour l’an dernier, il répond qu’il verrait très bien un Science Debate local, à Chicago, parce que ce ne sont pas les enjeux scientifiques qui manquent, dans cette ville de 3 millions d’habitants. Et il enchaîne aussitôt sur un autre projet, qu’il a contribué à créer, le Conseil de la science et de la technologie de Chicago.

C’est un organisme non-gouvernemental, financé par les universités et l’entreprise privée —ni l’État ni la ville ne sont impliqués— voué à faire parler la science d’une seule voix, face aux instances locales. C’est le premier organisme aux États-Unis voué à faire parler la science à l’échelon régional, dans l’espoir, explique sa coordonnatrice, Erin Dragatto, « que le public puisse entendre parler de la science » autant qu’il entend déjà parler de culture.

Tout un contrat, mais qui s’inscrit dans cette tendance des scientifiques à faire parler davantage d’eux-mêmes et de la place que devrait occuper la science dans la société.

« Je pense, conclut Jon Miller, que les jeunes scientifiques sont plus impliqués... Partout dans le pays, je vois des jeunes gens, des jeunes scientifiques, beaucoup plus actifs que leurs parents ne l’étaient. Je pense qu’il y a lieu d’être optimiste. »

Pascal Lapointe

Voyez nos autres textes sur le congrès 2009 de l'AAAS: Les villes peuvent-elles lutter contre le réchauffement? / Les damnés de la Terre / Les cercles vicieux du réchauffement / Profession: consultant scientifique hollywoodien / Al Gore en appelle aux scientifiques / Journalistes scientifiques en voie de disparition

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