Elle est morte à 3 ans, mais il est un peu tard pour la pleurer: cela s’est produit il y a 3 million d’années.

Depuis jeudi dernier, les magazines scientifiques ne parlent plus que d’elle. En moins de temps qu’il n’en faut pour dire "australopithèque", cette enfant de 3 ans a menacé de détrôner Lucy, le fossile pré-humain le plus célèbre du monde.

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Il faut dire que cette enfant est admirablement bien préservée, pour ses 3 millions d’années: au moins la moitié du squelette y est, incluant le crâne et les côtes. L’équipe internationale dirigée par des chercheurs éthiopiens a même mis la main sur l’articulation de l’épaule, et cela fait progresser d’un bond nos connaissances sur la façon dont marchait ce lointain ancêtre.

Ce que cette épaule confirme, c’est que cette enfant n’était plus tout à fait un singe: elle avait perdu la capacité de sauter de branche en branche. Mais elle n’était pas encore tout à fait un humain marchant continuellement debout. "Ce fossile hominidé montre clairement l’évolution en train de se faire", résume le paléoanthropologue éthiopien Zeresenay Alemseged, chercheur principal, actuellement attaché à l’Institut Max-Planck d’anthropologie de l’évolution à Leipzig, Allemagne.

En fait, lit-on dans la dernière édition de la revue Nature, c’est la première fois qu’un fossile d’australopithecus afarensis est découvert avec une épaule complète. Un exploit dont n’est pas peu fière cette équipe, en partie parce que cela contribue, événement rarissime, à mettre les chercheurs éthiopiens sur la carte: non pas comme co-signataires discrets d’une équipe internationale, comme cela était presque toujours le cas, mais comme chercheurs principaux, avec tous les honneurs dû à ce rang. (lire aussi Les scientifiques africains prennent leur place)

La découverte a eu lieu dans l’Est de l’Éthiopie, à Dikika, à 10 kilomètres du site de Hadar, là où Lucy, la plus célèbre des australopithèques, avait été découverte en 1974. Les premiers ossements avaient en fait été découverts en décembre 2000, mais il a fallu quatre saisons de fouilles minutieuses à l’équipe du Dr Zeresenay pour les dégager morceau par morceau, côte par côte et vertèbre par vertèbre.

Et ce n’est pas fini: même après ce travail de moine, la recherche ne fait que commencer. Les portions supérieures du squelette sont encore imbriquées dans les sédiments, de sorte que la plupart des analyses restent à faire, incluant celles sur la taille précise du cerveau.

Pascal Lapointe

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