La conférence de Bali sur les changements climatiques s’est donc terminée sur un compromis, insatisfaisant pour la plupart, mais qui permet d’avancer. Nombreux sont à présent ceux qui rêvent que, l’an prochain, un nouveau Président des États-Unis fera prendre un virage aux négociations. N’accorde-t-on pas un peu trop confiance à ce futur Président?

« La prochaine élection présidentielle (novembre 2008) s’insère à mi-chemin » des pourparlers pour le prochain traité, le « Kyoto 2 », déclare dans le New York Times de dimanche l’Américain David Doniger, directeur du Natural Resources Defense Council. « Et il y a de bonnes chances pour que le prochain président soit sérieux sur la question du réchauffement. » Même l’ancien vice-président —et prix Nobel— Al Gore, dans un discours prononcé la semaine dernière, a encouragé les participants de la Conférence de Bali à « regarder au-delà du gouvernement Bush ».

Abonnez-vous à notre infolettre!

Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!

Mais comment savoir? Entre les promesses électorales et la réalité, il y a souvent une marge, rappelait le mois dernier la revue britannique Nature . Rien de plus facile que de préparer un programme politique et de lancer des mesures symboliques une fois au pouvoir —par exemple, changer sa voiture officielle pour une hybride, comme l’ont fait plusieurs politiciens occidentaux.

Mais c’est beaucoup plus difficile de faire prendre un virage à la plus puissante économie du monde vers une réduction significative des gaz à effet de serre. On parle alors « de la politique environnementale la plus grosse jamais implantée, en terme de coûts économiques », résume, dans Nature, Joe Aldy, chercheur pour le groupe partisan Ressources pour le futur, à Washington.

En termes concrets, sur quoi pourrait agir un nouveau président? Sur le budget fédéral, dans un premier temps : des milliards de dollars sont en jeu pour financer la recherche sur l’énergie et le climat. Mais surtout, sur les lois, ensuite : réussir à faire passer au Congrès une loi sur le climat qui paverait la voie à un « Kyoto 2 » serait la mesure la plus lourde de sens.

Mais c’est loin d’être fait, comme le savent tous les présidents qui, depuis plus de deux siècles, ont eu à faire face à une opposition au Congrès. Deux projets de loi ont récemment commencé un lent cheminement dans les corridors du Sénat, mais les observateurs s’attendent à ce que le débat s’étire, loin au-delà de la prochaine administration.

Les élus peuvent être d’autant plus motivés à mettre les freins qu’ils sentent que cela n’est pas une priorité pour leurs électeurs. Les sondages révèlent périodiquement que le réchauffement climatique figure loin derrière les autres sujets prioritaires que sont le terrorisme, l’éducation, l’immigration et la santé.

Ceux qui espèrent une entente en vue du « Kyoto 2 » pour la conférence des Nations Unies de décembre 2009, sont peut-être trop optimistes, conclut Nature. « Il est plus réaliste de viser le début ou le milieu de 2010 », affirme Dan Esty, de l’Université Yale. Ceux qui ont trouvé Bali décevante risquent de connaître d’autres déceptions...

Je donne