Le mouvement écologique a besoin d’être rajeuni. Bien qu’il ait obtenu de remarquables succès au cours des dernières décennies, c’est une « industrie » dont le discours s’est sclérosé.

Le constat est étonnant parce qu’il ne constitue pas une attaque venue de la droite, mais de l’intérieur du mouvement lui-même: un petit livre de 111 pages publié par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), un livre qui constitue à la fois un manifeste pour un renouvellement de la « cause », et un état de la situation.

« Comme des spin doctors, les chefs de file de l’industrie du développement durable offrent des promesses inspirantes d’adaptations futures, mais celles-ci ne sont souvent que des nuances des constats habituels. À mesure que cette industrie s’est développée et professionnalisée, elle est aussi devenue sclérosée », lit-on dans Transition to Sustainability : Towards a Humane and Diverse World.

C’est que le mouvement environnemental a un Mont Everest à escalader. Il ne peut plus se contenter de travailler à changer les attitudes des gens face à l’environnement. Un virage vers un monde plus durable, vers une économie plus durable, implique de voir beaucoup, beaucoup plus grand. Se détacher par exemple de la « religion » de la croissance; moins valoriser la consommation de biens matériels et, puisqu’on ne souhaite pas empêcher les gens d’acheter (et de faire rouler l’économie), passer à une consommation de services.

Écolos : la 4e génération

Il y a certes longtemps que le mouvement écologique n’est plus uniquement voué à la préservation des espèces et des réserves naturelles. Il a intégré au cours des 20 dernières années des groupes qui n’ont rien d’environnemental, y compris des politiciens et des gens d’affaires. Il tente désormais de réformer « le système » de l’intérieur —puisque le mouvement écologique fait lui-même, désormais, partie du « système ». Pour cela il lui faut imaginer des solutions de concert avec des gouvernements, des villes, des groupes indigènes. La protection de la nature, insiste l’Union internationale pour la conservation de la nature, ne peut se faire sans une lutte efficace contre la pauvreté et pour l’amélioration des droits humains.

D’aucuns diraient qu’une partie de ce discours n’est pas neuve : après tout, l’un des plus gros succès des mouvements environnementaux est que, depuis la Conférence de Rio en 1992, la plupart des gouvernements se sentent obligés d’avoir un ministère de l’Environnement. Mais il reste du chemin à faire, sachant que peu de programmes électoraux, tout comme peu de stratégies d’affaires, portent sur les 50 à 100 prochaines années...

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle —comme nous le soulignions par exemple ici l’an dernier— on ne pourra pas indéfiniment parler de lutte contre les changements climatiques. Les politiciens et les médias se lasseront, si ce n’est déjà fait, d’une controverse dont les enjeux semblent, en apparence, si loin dans le temps. Viendra un moment où, et l’UICN insiste là-dessus, il faudra ajuster le discours en fonction du futur immédiat : « à mesure que le déficit énergétique s’approchera des pays riches, les politiciens vont probablement juger la sécurité énergétique plus prioritaire que les changements climatiques ou la paix mondiale. »

Oui, il faudra tôt ou tard « décarboniser » notre mode de vie, créer moins de déchets et protéger la biosphère. Ce sont là d’indéniables urgences. Mais le mouvement environnemental ne peut plus s’en tenir qu’à ça, sans quoi il atteindra une impasse, à supposer qu’il ne l’ait pas déjà atteint.