Si la température moyenne augmente en dents de scie depuis un siècle, il est une autre augmentation, dont on parle moins, mais qui se poursuit elle aussi avec une patiente régularité : la concentration de CO2 et de méthane dans l'air. Un bilan de l’année 2008 confirme cette hausse —en particulier, celle du méthane, qui sera la plus instructive.

L’Agence américaine de l’atmosphère et des océans (NOAA) a publié cette semaine son rapport préliminaire : la concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère a atteint les 386 parties par million, une donnée qui était déjà au coeur des analyses de 60 stations à travers le monde. La concentration avait été, pendant des centaines de milliers d’années (au moins), de 280 parties par million et elle a commencé à augmenter avec la révolution industrielle.

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Certains scientifiques arguent que la limite à ne pas dépasser, sous peine de graves perturbations du climat, serait 450; d’autres, plutôt « partisans du 350 », affirment donc que cette limite est déjà dépassée.

Mais ces faits sont connus des climatologues et de plusieurs écologistes. Dans ce rapport de la NOAA, c’est plutôt la croissance du méthane qui attire l’attention. Parce que depuis deux ans, on parle d’un phénomène aux conséquences inquiétantes : à mesure que le sol gelé du Grand Nord dégèle, des micro-organismes emprisonnés depuis des milliers, voire des millions d’années, dégèlent eux aussi, libérant du méthane. Le méthane est un gaz à effet de serre beaucoup plus efficace que le CO2 pour emprisonner la chaleur. D’où l’inquiétude : plus il y a de méthane libéré dans l’atmosphère, plus celle-ci pourrait se réchauffer encore plus vite, faisant fondre encore plus de sol et libérant encore plus de méthane...

Ce que dit la NOAA : en 2008, le taux de méthane a augmenté pour la deuxième année consécutive, après un plateau de 10 ans. « Les concentrations atmosphériques ont augmenté de 4,4 molécules par milliard de molécule d’air, plaçant la concentration globale à 1788 parties par milliard. » C’est bien trop tôt pour parler de tendance, mais c’est de nature à inciter les climatologues et glaciologues à regarder avec encore plus d’attention les « éruptions de méthane » de l’Arctique.

La récession pourrait-elle offrir un répit? Car qui dit récession dit consommation réduite, production réduite, économies d’énergie... Une firme britannique, Cambridge Econometrics, affirme que la récession entraînera une baisse des émissions de CO2 de 3% en 2009 et d’autant en 2010. Mais il est bien possible qu'à long terme, l’impact soit négligeable, comme en témoigne la croissance régulière du CO2 tout au long du dernier siècle, indépendamment des hauts et des bas de l’économie.

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