Depuis 15 ans, des chercheurs ont démontré la désinformation qu’a jadis menée l’industrie du tabac autour du cancer, et à présent, celle que mène l’industrie du pétrole autour des changements climatiques. Voilà qu’un dénonciateur attaque la désinformation menée aux États-Unis par l’industrie de l’assurance à propos des soins de santé.

Un ancien relationniste des compagnies d’assurance-santé qui s’excuse publiquement auprès du cinéaste Michael Moore, ça n’est pas banal :

Je veux m’excuser auprès de Moore pour le rôle que j’ai joué dans la campagne hostile menée par les relations publiques de l’industrie de l’assurance contre lui et contre [son film] Sicko, qui traitait d'un système américain de soins de santé de plus en plus injuste et dysfonctionnel.

Wendell Potter était à la tête des communications d’une des plus grosses compagnies d’assurances des États-Unis lorsqu’il a démissionné, en mai 2008. Et sa démission, à en croire son livre Deadly Spin , était le résultat d’un immense désabusement face aux tactiques de désinformation dont il était témoin, de la part de gens prêts à dépenser beaucoup plus d’argent pour attaquer les critiques, que pour améliorer les soins de santé.

À l’été 2006, alors que tout le monde sait que Michael Moore tourne Sicko , l’industrie pharmaceutique a de quoi se sentir inquiète. Le cinéaste est alors auréolé de ses succès pour ses documentaires Fahrenheit 9/11 et Bowling à Columbine, deux documentaires non seulement très critiques, mais surtout, immensément populaires. On sait dès ce moment que des mémos circulent parmi les compagnies pharmaceutiques, « prévenant les employés de ne pas coopérer avec Moore », mais on ignore l’ampleur que prend alors, en coulisses, la stratégie : commandes d’articles négatifs pour des journaux d’association à seule fin de discréditer le cinéaste, et création d’au moins un « groupe de réflexion » bidon, Health Care America, soi-disant indépendant mais en réalité financé par l’industrie pharmaceutique.

Cette idée de créer des organismes aux noms honorables, qui publient ensuite des « avis » ou des « recommandations » à seule fin de créer l’impression qu’il existe un débat —dans ce cas-ci, les partisans d’une réforme des soins de santé d’un côté et des chercheurs soi-disant éminents de l’autre— est un air connu : c’est la tactique suivie par les compagnies pétrolières pour discréditer les climatologues, et les compagnies de tabac pour discréditer les cancérologues, telle que décrite par plusieurs auteurs depuis deux ans, de l’historienne Naomi Oreskes à un autre ex-relationniste, James Hoggan.

Ces dernières semaines, la sortie publique de Wendell Potter (il avait précédemment témoigné devant un comité du congrès) a été accueillie par des commentaires qui ne sont pas tendres pour l'univers de l’assurance, mais aussi celui des relations publiques: « manipulation des politiques publiques », « compagnies qui se soucient plus de Wall Street que de leurs patients », etc.

Selon Deadly Spin, en 2009, les 5 plus grands assureurs aux États-Unis ont réalisé des profits de 12,2 milliards$. En hausse de 56% par rapport à l’année précédente.