Il va falloir s’habituer à l’adjectif « extrême ». Après 2010, année des événements météorologiques extrêmes, le printemps 2011 se démarque lui aussi, d’un bout à l’autre de l’Amérique du Nord.

Neuf états américains, dont sept situés dans le nord-est, ont battu ce printemps un record pour la quantité de précipitations, depuis 117 ans que de telles données existent. Sept autres états classeront le printemps 2011 dans le « top 10 » des plus mouillés.

Au Québec, pas de record provincial, mais des records locaux, selon Environnement Canada — dont un, sans surprise, dans le sud, autour d’une certaine rivière Richelieu. Celle-ci a reçu deux fois et demie les quantités normales de précipitations pour un mois de mai.

En même temps, à des milliers de kilomètres de là, le Texas battait un record... de sécheresse! Et des feux qualifiés de « sans précédent » ravageaient 30 000 hectares dans le nord de l’Alberta —ainsi que la moitié d’une ville de 7000 habitants, Slave Lake. Une situation similaire à celle qu’avait connue la Russie l’an dernier, au moment où l’Australie faisait face à une sécheresse record, et que le Pakistan était dévasté par des inondations d’une ampleur jamais vue en plus d’un siècle.

« Il n’y a jamais eu de printemps aussi extrême aux États-Unis, avec une combinaison d’humidité et de sécheresse extrême », commente le météorologue Jeff Masters sur son blogue. Les cartes du National Climatic Data Center américain, dont les données sont remises à jour mensuellement, fournissent un regard saisissant sur un continent tout entier : c’est 46% de leur territoire qui a connu, entre mars et mai, des conditions d’humidité ou de sécheresse « anormales », c’est-à-dire figurant dans le haut de la liste des 100 à 110 dernières années. Et comme le démontrent les événements canadiens des dernières semaines, ces anomalies débordent largement au-delà de la frontière.

Le réchauffement climatique ou La Nina?

Avant d’accuser le réchauffement climatique, Jeff Masters propose d’examiner l’alibi de La Niña. Un épisode La Niña, qui signifie des eaux tropicales plus froides dans l’est du Pacifique (au contraire d’El Niño: eaux plus chaudes), entraîne traditionnellement, par effet domino, des hivers plus secs dans le sud des États-Unis (c’est le cas) et des courants plus humides vers le centre (c’est aussi le cas). L’influence de La Niña prend normalement fin avec le printemps. Or, cette année, l’influence a continué de se faire sentir jusqu’à la fin du mois de mai.

Est-ce là qu’intervient le « bonus » fourni par le réchauffement climatique? Personne n’osera l’affirmer, puisque des années exceptionnelles sont, justement, exceptionnelles. Tous les modèles prédisent pourtant que le réchauffement climatique entraînera davantage de précipitations dans les régions qui en ont effectivement eu davantage cette année : parce qu’un réchauffement signifie plus d’eau des océans qui s’évapore, donc plus d’eau qui doit retomber quelque part. Depuis 40 ans, rappelle Jeff Masters, la température moyenne à la surface du globe a augmenté de 0,6 degré : ça pourrait bien commencer à avoir un impact.

Une planète plus chaude a plus d’énergie pour alimenter des tempêtes plus violentes, des canicules plus fortes, des sécheresses plus intenses, des précipitations accrues et des fontes glaciaires qui vont accélérer la hausse du niveau des eaux.

Mais on n’en est pas sûr. Impossible de départager la part qu’on doit au réchauffement climatique et la part qu’on doit à La Niña.

Par contre, ces mêmes modèles annoncent aussi que de tels événements extrêmes seront de moins en moins extrêmes, pour s’approche de la norme, dans 20 à 30 ans. Si la tendance se maintient, cette génération-ci de riverains, et la suivante, ne sont pas au bout de leurs peines.