Vous avez peur du rayonnement électromagnétique? Si tel est le cas, achetez-vous une burqa de plomb, parce que vous y êtes exposé dès le saut du lit. En fait, depuis que vos plus lointains ancêtres sont apparus dans les océans.

 

La lumière du soleil, c’est une onde électromagnétique. Les rayons cosmiques, c’est de l’électromagnétisme. Et s’il est exact que notre civilisation moderne produit de tels rayonnements qui n’existaient pas il y a seulement un siècle, leur force est de loin inférieure à tout ce dont la nature nous assaille jour après jour.

L’objection courante : ces rayonnements « artificiels », qui vont du téléphone cellulaire aux lignes à haute tension en passant par la prise de courant la plus proche de vous et l’ordinateur sur lequel vous lisez ceci, seraient différents des rayonnements « naturels », par leur proximité, et par ce que les experts appellent la longueur d’onde. D’où la question : ces artificiels peuvent-ils, eux, nous tuer ou nous donner le cancer?

Patience et longueur d’onde

Si les physiciens mentionnent la longueur d’onde, c’est parce qu’on sait avec certitude quelle longueur d’onde est nécessaire pour briser les liens entre les molécules —par exemple, celles qui composent nos gènes— et de là, provoquer une mutation pouvant entraîner le cancer. Et sur ce plan, la cause est entendue : ni les téléphones ni les compteurs intelligents d’Hydro-Québec ni la télé ni les radars, ne peuvent avoir ce type d’effet (voir encadré).

Reste la possibilité d’un autre type d’impact, que n’auraient pas les rayonnements électromagnétiques « naturels ».

Plus près de toi...

Les soupçons se portent rapidement sur la proximité : dès les années 1970, des chercheurs en santé publique de plusieurs pays ont commencé à fouiller les statistiques sur le cancer, à la recherche d’un lien entre le taux de cancer et les familles vivant à proximité des lignes à haute tension. Ils ont fait chou blanc.

À partir des années 1990, c’est le même type de lien avec les téléphones cellulaires qui a été fouillé : pourrait-il y avoir corrélation entre le nombre d’heures d’utilisation d’un téléphone et le taux de cancer? Là non plus, rien, en dépit d’échantillons dépassant les 10 000 personnes, et de protocoles de recherches où certains avaient pris soin d’écarter toute influence de l’industrie.

En tout, l’Organisation mondiale de la santé estime que 25 000 articles ont été publiés, à la recherche d’un impact biologique de ces ondes, ce qui est davantage d’études d’impacts qu’il n’y en a eu pour la majorité des composés chimiques naturels ou artificiels qui nous entourent.

Et les rats de laboratoires

Des laboratoires ont également soumis des rats à des niveaux de rayonnements supérieurs à ce que notre technologie émet : et jusqu’à 5000 microteslas (l’unité de mesure du champ magnétique), aucun effet toxique, ni cancer, n’a été détecté, alors que le niveau moyen mesuré dans une résidence est de 0,15 microtesla. En comparaison, les monteurs de lignes d’Hydro-Québec peuvent être exposés, dans les cas extrêmes, à 1000 microteslas.

Du coup, il faut admettre que s’il existait un impact sur la santé lié aux seules radiations électromagnétiques artificielles, il y a longtemps qu’on l’aurait détecté. L’hypothèse du moment est plutôt que, s’il existe un tel lien, il faut le chercher en conjonction avec autre chose, et c’est dans cette direction que vont un grand nombre de recherches depuis les années 1990. Plus de 20 produits cancérigènes connus ont été testés en conjonction avec les champs électromagnétiques, sans succès.

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En complément

Un document de l’OMS : De la nécessité d’instaurer un dialogue sur les champs électromagnétiques

Un graphique du Scientific American : distinguer radiations ionisantes et non ionisantes (voir encadré)