S’il y a un chef d’État qui risque de concurrencer Trump en 2019 dans l’information scientifique, c’est Jair Bolsonaro. À peine entré en poste le 1er janvier, le nouveau président du Brésil a signé un décret qui cède au ministère de l’Agriculture le pouvoir de désigner ce qu’est une terre autochtone protégée, et ce qui ne l’est pas.

Il l’avait annoncé en campagne électorale, mais le choc n’en est pas moins rude. Parce que la déforestation de l’Amazonie depuis des décennies, c’est en partie à cause de l’expansion des terres agricoles. Et Bolsonaro n’a pas caché son mépris des règlementations environnementales et de la lutte aux changements climatiques. S’il ouvre les portes toutes grandes à l’agriculture et aux travaux d’infrastructures routières et urbaines, le taux de déforestation de l’Amazonie — qui avait recommencé à croître ces deux dernières années — pourrait tripler, selon une estimation parue en octobre. Certains ont évoqué la possibilité que soient expulsés des groupes environnementaux étrangers, comme Greenpeace, et que soient criminalisés des groupes locaux de protection des terres.

Et il y a les autochtones. En vertu de la constitution de 1988, les territoires désignés comme autochtones (qui représentent 13 % de la superficie du Brésil) signifient que les peuples autochtones ont un monopole sur la façon dont leurs sols peuvent être utilisés. Ce décret qui semble céder ce pouvoir au ministère de l’Agriculture risque d’être contesté devant les tribunaux, et sur le terrain.

Les climatologues et les biologistes notent également que l’Amazonie, en plus d’être un poumon pour la planète — son immense étendue d’arbres signifie une capacité d’absorption du CO2 que nos activités relâchent dans l’atmosphère — est aussi une productrice de CO2, lorsque la déforestation augmente : la grande quantité de carbone emprisonnée dans la biomasse — les arbres et le sol — ne peut qu’être relâchée à son tour dans l’atmosphère lorsque de grands pans de la forêt sont détruits ou dégradés.