L’Amazonie est beaucoup de choses, mais elle n’est pas le seul « poumon de la planète » et elle ne produit pas 20 % de l’oxygène contenu dans l’air, comme on l’a souvent entendu ces dernières semaines. Le Détecteur de rumeurs survole ce qu’est et ce que n’est pas l’Amazonie.


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L’origine de l’expression « poumon de la planète »

Nos propres poumons alimentent notre corps en oxygène. Pour cette raison, on utilise depuis longtemps l’analogie du poumon lorsqu’on veut expliquer le procédé appelé photosynthèse : comme toute plante, un arbre produit de l’oxygène. Par conséquent, plus une forêt est étendue, et plus grande est la quantité d’oxygène qu’elle produit.

Le seul défaut de cette analogie est que l’Amazonie n’est pas notre seul poumon : il y a d’autres forêts tropicales et surtout, il y a les océans.

Mais l’Amazonie produit tout de même 20 % de l’oxygène de notre planète ? Non

Les estimations à ce sujet varient, mais le vrai pourcentage est plus près de 16 % si on ne calcule que la photosynthèse qui a lieu sur la terre ferme (selon une étude de 2010). Si l’on calcule aussi l’oxygène produit dans les océans, par le phytoplancton, les estimations varient plutôt entre 9 % (selon un écologiste britannique) et 6 % (selon un climatologue américain).

Il est possible que l’erreur du 20 % ait son origine dans un calcul qui ne portait à l’époque que sur la terre ferme : sachant que les forêts tropicales sont responsables à elles seules de 34 % de la photosynthèse réalisée sur les continents, puisque l’Amazonie représente à peu près la moitié des forêts tropicales, on a arrondi à 20 %.

Si l’Amazonie joue un rôle mineur avec l’oxygène, en est-il de même avec le CO2 ? Non

Une forêt est ce qu’on appelle un « puits de carbone », c’est-à-dire que chaque plante absorbe du dioxyde de carbone ou CO2. C’est une autre partie du cycle naturel de la photosynthèse. Mais dans le contexte du réchauffement climatique, cela signifie aussi que chaque plante absorbe également une partie des surplus de CO2 que notre société moderne produit. C’est la raison pour laquelle, ces dernières années, plusieurs initiatives de réduction de notre empreinte carbone suggèrent de planter des arbres pour « absorber » en partie nos excès.

Or, brûler une forêt ne fait pas que retirer des puits de carbone. Chaque arbre brûlé envoie aussi du même coup dans l’atmosphère tout le carbone qu’il avait absorbé.

Les estimations là aussi varient, mais si on évalue à au moins 90 millions de tonnes de carbone la quantité emmagasinée dans la forêt amazonienne, cela fait de cette forêt le plus grand puits de carbone sur la terre ferme (les océans en absorbent davantage).

Par ailleurs, ce chiffre signifie que de brûler la forêt dans sa totalité ferait bondir de près de 10 % la quantité de CO2 dans l’atmosphère : cette quantité est actuellement de 410 parties par million (PPM), l’Amazonie en ajouterait une quarantaine. À titre de comparaison, la quantité de CO2 dans l’atmosphère était de 280 PPM pendant la majeure partie de l’histoire de l’humanité, jusqu’à la révolution industrielle, et elle croît à présent de 2 ou 3 PPM par année.

Risque-t-on de voir bientôt disparaître toute la forêt amazonienne ? Non

À l’heure actuelle, la moitié de la forêt est toujours protégée par le gouvernement brésilien contre la déforestation, malgré les politiques plus permissives du président Jair Bolsonaro.

Une étude parue dans Science en 2014 note également que seulement 3 % de la surface de l’Amazonie est propice à la culture de soja, qui est l’une des deux principales raisons — l’autre étant l’élevage de bovin — pour laquelle les fermiers cherchent à gagner des terres sur la forêt.

Toutefois, il n’est pas nécessaire de détruire toute la forêt pour que se produise le scénario du pire.

Pourrait-il y avoir un point de non-retour si on ne détruit qu’une partie de la forêt ? Incertain

Des scientifiques évoquent en effet la possibilité d’un « point de basculement » (tipping point), c’est-à-dire un seuil de déforestation au-delà duquel une large portion du reste de la forêt se dégraderait à cause de la diminution des pluies, pour se transformer en savane. Un processus qui, là aussi, relâcherait dans l’air d’énormes quantités de CO2. Aucun consensus n’existe sur ce que serait ce point de basculement.

Selon le Fonds mondial pour la nature, 17 % de la forêt amazonienne a disparu dans les 50 dernières années.

Le réchauffement climatique pourrait aussi y contribuer : une augmentation du nombre de périodes de canicule signifie plus d’eau qui s’évapore, donc un climat plus sec, donc des risques accrus de feux de forêt.

Déjà, le nombre de surfaces brûlées n’augmente-t-il pas à cause de Bolsonaro ? Oui et non

Oui, la déforestation a repris, mais pas seulement à cause de Bolsonaro.

Le rythme de déforestation de l’Amazonie avait décliné de pas moins de 70 % entre 2004 et 2012, selon l’étude de 2014 parue dans Science. Mais il avait recommencé à augmenter sous la présidence de Dilma Rousseff, en 2012.

 

 

Sous Bolsonaro, le premier semestre de 2019 (qui n’apparaît pas sur le tableau ci-dessus) montre effectivement une accélération de cette hausse (39 % de plus que pendant le premier semestre 2018), selon l’Institut brésilien de recherches spatiales. Mais ce taux de déforestation demeure inférieur à ce qu’il était avant 2004.

À défaut d’être le poumon de la planète, l’Amazonie n’est-elle pas un trésor de biodiversité ? Oui

On y compte au moins 16 000 espèces différentes d’arbres, 40 000 espèces de plantes, 2,5 millions d’espèces d’insectes, 2 200 de poissons, 1 300 d’oiseaux, 427 de mammifères et 380 de reptiles. Et ce n’est que ce qui a été recensé jusqu’ici. L’Amazonie pourrait abriter jusqu’à 10 % des espèces vivant sur la terre ferme de notre planète, bien qu’elle n’en représente que 1 % de la superficie.

L’Amazonie n’est-elle pas aussi habitée par des nations autochtones ? Oui

On compte quelque 400 « tribus » autochtones dans l’Amazonie selon l’organisme Survival International. La plupart possèdent une langue et une culture qui leur sont uniques. Elles représentent plus d’un million d’habitants. Au Brésil, au moins une cinquantaine sont qualifiées par la Fondation nationale des Indiens comme « non contactées » ou « isolées », c’est-à-dire qu’elles évitent ou refusent tout contact avec le reste du monde.