Un livre sur l’Université Cambridge rappelle que si certaines universités européennes ont plus de 700 ans derrière elles, le concept de « recherche universitaire » est, lui, relativement récent. Et même le concept de « science », comme on l’entend aujourd’hui.

C’est en 1873 que la vénérable université britannique réalisait une première, en ouvrant dans ses murs un laboratoire de physique, sous la gouverne de James Clerk Maxwell — l’homme à qui on doit la découverte de l’électromagnétisme. Depuis peu, cette université offrait un programme d’enseignement de trois ans sur les « sciences naturelles », mais la décision d’y greffer un laboratoire de recherche allait devenir un modèle : c’était l’idée, qui semble aujourd’hui aller de soi, que la recherche scientifique ne pouvait plus dépendre uniquement de « savants » travaillant en dilettantes ; il lui fallait un encadrement, un lieu et même, des salaires réguliers.

C’est ce que rappelle l’historienne Susannah Gibson dans son ouvrage The Spirit of Inquiry, qui rend de plus hommage à un acteur méconnu : la Société de philosophie de Cambridge (Cambridge Philosophical Society). Née en 1819, elle avait pris sous son aile tout au long du siècle des conférences et des publications mettant en valeur les plus grandes découvertes de l’époque — les lettres d’un certain Charles Darwin, par exemple. L’Université Cambridge avait alors progressivement commencé à leur fournir un appui, sous la forme de bourses ou de locaux.

Il faut dire que pendant la première moitié du XIXe siècle, le mot « philosophie » n’avait pas le sens qu’on lui prête aujourd’hui. Les découvertes qui se succédaient alors portaient bien souvent l’étiquette de « philosophie naturelle » (du latin philosophia naturalis), par opposition à « la philosophie morale » qui, elle, désignait la morale et l'éthique, ainsi que ce qu’on appellerait plus tard la psychologie, la sociologie et la politique. La Société de philosophie de Cambridge était donc un « microcosme », selon Gibson, de la science du moment, annonciatrice sans le savoir du changement qui se préparait dans la production des connaissances.