Les experts ont salué la semaine dernière la toute première découverte d’un os de Dénisovien à l’extérieur de la seule et unique caverne de Sibérie où tous les autres fossiles ont jusqu’ici été découverts. Mais la véritable percée est ailleurs : c’est le premier fossile proprement dit, puisque tout le reste, jusqu’ici, se résumait à une poignée de fragments incomplets.

Depuis 2010 en effet, si on a beaucoup spéculé sur ce proche cousin de l’Homo sapiens, c’est en raison de l’ADN qu’on a réussi à identifier à l’intérieur de ces restes. Mais ces fameux restes se résumaient à trois dents et un bout d’os du petit doigt. Alors que dans le cas de la découverte annoncée le 1er mai dans la revue Nature, pour la première fois, on est devant un fragment digne de ce nom : la moitié droite d’un maxillaire, à laquelle, en prime, étaient encore accrochées deux dents.

À première vue, le maxillaire n’avait rien d’intrigant : sa découverte remonte à 1980, par un moine tibétain entré dans une caverne située à 4 000 mètres d’altitude pour y prier. Il était, depuis, conservé à l'Université de Lanzhou, dans le centre de la Chine. Tout récemment, des chercheurs, au fait de l’hypothèse selon laquelle des Dénisoviens auraient pu habiter le Tibet il y a 30 à 40 000 ans, ont eu l’idée de le faire analyser, à la recherche d’ADN — ou plus exactement, dans ce cas-ci, de protéines qui trahiraient la lignée de l’individu.

II se trouve que le maxillaire semble pas mal plus ancien : s’il se confirmait qu’il a 160 000 ans, cela placerait des Dénisoviens pas mal plus tôt que prévu sur ces hautes montagnes, et à 2 500 km de la caverne de Sibérie.

Le bémol est que la méthode pour analyser des protéines aussi vieilles est encore récente, et laisse donc place à une plus grande marge d’erreur que l’analyse de l’ADN. La prochaine étape est de trouver d’autres os de Dénisoviens — dans d’autres musées, qui sait.