Depuis le 20 mai au Québec, les parcs de la SEPAQ sont à nouveau ouverts au public. Le retour des visiteurs signifie aussi une augmentation du bruit dans ces refuges naturels. Or, des experts à travers le monde s’inquiètent de cette disparition progressive des derniers îlots de tranquillité.

Souvent perçue comme un problème urbain, la pollution sonore touche également les environnements naturels. En 2019, des chercheurs du Colorado ont analysé 46 789 heures d’enregistrements réalisés dans 66 parcs nationaux américains. Ils ont pu entendre des bruits causés par l’humain dans 37 % des enregistrements. Dans 36 % des parcs, l’activité humaine était responsable d’une multiplication par 10 des bruits mesurés.

Les zones dites protégées ne seraient pas épargnées. En 2017, la même équipe observait que les sons dus à l’activité humaine faisaient doubler l’intensité des bruits ambiants dans 63 % des zones protégées aux États-Unis et que ce niveau augmentait par 10 dans 21 % des cas.

Selon les chercheurs du Colorado, lorsque le volume des sons ambiants double, l’expérience des visiteurs est affectée puisque ce bruit interfère avec le calme naturel de l’endroit. L’Agence européenne pour l’environnement (AEE) souligne d’ailleurs que le bruit est un agent de stress, autant physiologique que psychologique, ayant des effets sur les systèmes cardiovasculaires et métaboliques.

La pollution sonore a aussi des répercussions sur la faune. Les bruits humains masquent les sons qui permettent aux animaux d’échapper à leurs prédateurs, de localiser des membres de leur groupe et de trouver des partenaires sexuels.

Diminuer la pollution sonore

En 2019, 328 millions de visiteurs ont fréquenté les parcs nationaux américains. Au Québec, la SÉPAQ rapporte un achalandage record de 5,5 millions de jours de visite dans les parcs nationaux en 2018-2019. La réduction du nombre de visiteurs est donc une première piste pour diminuer la pollution sonore. D’autres stratégies existent: utilisation de navettes et de véhicules électriques, matériaux plus silencieux dans la conception des routes, interdictions des vols au-dessus des parcs naturels et des zones protégées.

Toutefois, les milieux naturels peuvent être affectés par des sources de bruits très éloignées puisque leur niveau sonore de base est très faible. En effet, on entend davantage un avion dans la forêt qu’au milieu du trafic. Les experts recommandent donc une gestion du bruit à grande échelle.

En 2014, l’AEE suggérait déjà la création de zones calmes en Europe, c’est-à-dire des endroits non dérangés par des sons indésirables. En 2020, 85 % des pays membres de l’Union européenne avaient mis en place des critères pour reconnaître de telles zones et 60 % en avaient désigné au moins une sur leur territoire.

Au Québec, l’idée des zones calmes fait aussi son chemin. En 2019, le ministère de la Santé et des Services sociaux a publié un document sur la lutte contre le bruit environnemental. On y suggère de préserver et aménager des lieux calmes, notamment dans les milieux naturels. Le gouvernement, proposent les auteurs, pourrait ainsi favoriser l’accès aux sons naturels dans les parcs et les aires de conservation, en y limitant le bruit.