La nouvelle sur la COVID la plus populaire sur Facebook pendant le premier trimestre de 2021 en a choqué plusieurs pour deux raisons: d’une part, c’était une fausse nouvelle. D’autre part, Facebook a maladroitement tenté de balayer cette information sous le tapis, en ne publiant que les résultats… du deuxième trimestre.

Le 18 août, la compagnie publiait en effet son rapport sur les contenus les plus vus d’avril à juin 2021. Il a fallu un reportage du New York Times, le surlendemain, pour qu’on apprenne que des directeurs hésitaient à rendre public le rapport de la période de janvier à mars, « parce qu’il pourrait causer un problème de relations publiques ». Ce rapport a finalement été publié après la sortie du reportage du Times.

Une des choses qui en ressort est que le lien le plus vu pendant les trois premiers mois de l’année était donc un article dont le titre suggérait que le vaccin contre le coronavirus avait causé la mort d’un médecin en Floride. 54 millions d’usagers l’ont vu, un grand nombre ont commenté qu’il s’agissait de la preuve que les vaccins étaient dangereux et six des 20 comptes les plus populaires parmi ceux qui ont partagé, publient régulièrement des contenus antivaccins sur Facebook, selon les données de CrowdTangle, une firme qui relève de Facebook. Or, la nouvelle était fausse, comme allait le confirmer une enquête du coroner quelques semaines plus tard —une réfutation qui n’a jamais eu le succès de la nouvelle originale.

Ce qui n’arrange rien, c’est que cet article, qui provenait d’un journal de Floride, avait été repris par un journal du même groupe, le Chicago Tribune, un grand quotidien qui n’a pas l’habitude d’être associé aux fausses nouvelles. Comme allait ensuite l’écrire le journaliste du Nieman Lab —un média consacré aux médias— il est vrai que « si vous laissez tomber du poison dans le puits à contenus de Facebook, la plateforme peut être extraordinairement efficace pour le propager ». Mais il est également vrai « que cela ne se produit que si le poison y est jeté ». Dans ce cas-ci, un mélange de course aux clics et de négligence au Chicago Tribune a produit un titre de rêve pour Facebook —après tout, son modèle d’affaires est d’attirer l’attention du plus grand nombre de gens possible— mais qui ne traduisait pas la réalité.

À sa défense, des journaux plus sensationnalistes sont allés plus loin: le Daily Mail de Londres a titré « La femme d’un docteur « en parfaite santé » de Miami convaincue que son décès a été provoqué par la piqûre ».

Rappelons que neuf mois après les premières campagnes de vaccination, il n’y a aucune trace, dans les statistiques de suivi post-vaccination, d’un surcroît de décès ou de maladies graves qui puisse être associé aux vaccins. Mais ce n’est probablement pas le message qu’auront retenu les 54 millions de Facebookiens qui ont vu le titre du Chicago Tribune —et c’est une stratégie courante des antivaccins, comme l’avait remarqué CNN à propos de l’histoire du médecin de Floride, que de tenter de tirer profit de ce genre d’histoire. De la même façon qu’ils ont tenté de tirer profit des bases de données VAERS (États-Unis) ou Lareb (Pays-Bas), même si aucune de ces bases de données ne peut être utilisée pour démontrer un lien de cause à effet.

Cet incident du rapport qu'on a tenté de balayer sous le tapis survient dans un contexte où Facebook se fait accuser depuis le début de la pandémie de ne pas en faire assez pour contrer la désinformation rampante sur sa plateforme. Le mois dernier, le président Joe Biden lui-même reprochait à Facebook  d'être responsable de la mort d’hommes et de femmes à cause de la désinformation. C’est en réaction à ces accusations que la compagnie aurait, selon le New York Times, annoncé qu’elle publierait désormais ces rapports sur ses contenus les plus partagés: à la fois pour démontrer sa « transparence », et pour illustrer que la désinformation n’est pas aussi répandue qu’on le prétend, puisque les contenus les plus partagés sont, en général, beaucoup plus anodins.