La Grande Barrière de corail, au large de l’Australie, vit probablement en ce moment un épisode de blanchiment « de masse » —un phénomène de dépérissement qui se traduit par une décoloration. Et pour ceux qui font le compte, c’est le sixième en un quart de siècle. Ou le quatrième en seulement 6 ans.

Un blanchiment ne signifie pas que le récif en entier meurt, mais il perd bel et bien de larges surfaces et celles qui survivent sont beaucoup plus vulnérables aux fluctuations de l’environnement.

Des observations aériennes réalisées ce mois-ci par des scientifiques du gouvernement australien tout au long des 2300 km de la Grande Barrière ont conclu à de « sévères blanchiments » sur 60% de la surface. Plus inquiétant aux yeux des experts, est le fait que par rapport aux cinq épisodes précédents, c’est le premier à se produire pendant une année La Niña, c’est-à-dire une année où l’océan Pacifique est un peu plus froid que la normale. Ce que cela signifie, c’est donc que les épisodes précédents, associés à des températures anormalement chaudes, ont laissé les récifs plus vulnérables à de nouveaux « stress environnementaux ».

« Nous voyons que les récifs de corail ne peuvent pas tenir le coup face au rythme actuel de réchauffement et à la fréquence des changements climatiques », commente dans le New York Times Neal Cantin, un biologiste australien des coraux qui a dirigé une des équipes d’observations aériennes. La mauvaise nouvelle a été annoncée le 25 mars par l’Autorité des parcs marins, une agence du gouvernement australien. Il s’agit de données préliminaires.

Les cinq épisodes précédents de blanchiment avaient eu lieu en 1998, 2002, 2016, 2017 et 2020.

On estime qu'à travers le monde, le quart des formes de vie marines dépendent, à un moment ou l’autre de leur vie, des récifs de corail. C'est sans compter les millions de personnes qui en dépendent pour leur alimentation, leurs revenus d’emplois ou la protection de leurs rivages contre les tempêtes.

Et les récifs sont souvent qualifiés de système d’alerte des futurs impacts des changements climatiques —l’équivalent du canari dans les mines de charbon de jadis, qui alertait les mineurs d’une fuite de gaz.