Selon le milliardaire Elon Musk, Twitter est, politiquement, trop à gauche. Selon une étude menée dans sept pays, Twitter penche beaucoup plus à  droite. Qui dit vrai?

« Dans six des sept pays étudiés, la droite politique traditionnelle bénéficie d’une plus grande amplification par l’algorithme que la gauche politique traditionnelle », résument six chercheurs de Californie et de Grande-Bretagne —dont quatre travaillent entre autres pour le département de l’apprentissage-machine de Twitter, qui a financé cette étude. Celle-ci est parue en décembre dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences —donc, avant la tentative d’achat de la compagnie par Elon Musk.

Leur échantillon consistait en 46 millions d’usagers entre avril et août 2020, dont un petit nombre (un peu plus de 3000) était constitué des élus des principaux partis politiques de ces sept pays. Résultat: parmi ces élus, il y avait une différence « statistiquement significative favorisant la droite politique » dans six pays, l’exception était l’Allemagne. L’effet était à son plus fort en Grande-Bretagne: un effet d’amplification de 112% pour les travaillistes et de 176% pour les conservateurs. Ainsi qu’au Canada: un effet d’amplification de 43% pour le parti libéral canadien, et de 167% pour le parti conservateur.

Ce qu’ils appellent l’effet d’amplification par l’algorithme est une mesure du nombre de personnes rejointes par un tweet grâce à l’algorithme, qui n’auraient pas été rejointes si ces personnes ne s’étaient pas appuyées sur l’algorithme de Twitter (leur étude comportait à cet effet un groupe-contrôle n’utilisant pas l’algorithme). Ainsi, un facteur d’amplification de 100% signifie que, dans les fils Twitter utilisant l’algorithme, les tweets ont été vus par deux fois plus de personnes.

Les chercheurs ajoutent que cet effet amplificateur serait également plus fort lorsqu’on ne prend en compte que les contenus politiques partagés par les médias, et qu’on attribue à chaque média une étiquette en fonction de ce qu’on perçoit être son orientation idéologique. Ceux « de droite » seraient alors plus favorisés par l’algorithme que ceux « de gauche ».

À l’échelle de l’ensemble de la twittosphère, il faut toutefois relativiser: selon une autre étude, celle-là menée par des chercheurs de Singapour et de Pennsylvanie, seule une minorité des Américains présents sur Twitter s’intéresse à la politique. L’étude était initialement parue en 2020 et a été remise en avril dernier.

Reste que Twitter, à l’instar des autres plateformes de médias sociaux, est régulièrement la cible d’attaques des partis de droite, qui les accusent d’être biaisées en faveur de la gauche, en particulier aux États-Unis. L’expulsion de l’ancien président Trump a renforcé cette perception. Ce n’est cependant pas la première fois que des chercheurs concluent que les contenus qui suscitent davantage d’émotions négatives —donc, ceux qui sont davantage partagés sur les médias sociaux— se retrouvent en plus grand nombre à droite qu’à gauche.