Ceux qui se réjouissent du fait que le nouveau roi Charles III pourrait devenir une voix dans la lutte aux changements climatiques et pour la défense de l’environnement, devront peut-être diminuer leurs attentes. On parle après tout de la même personne qui a endossé l’homéopathie et une foule de traitements étranges.

On comprend le président de la « Faculté d’homéopathie » du Royaume-Uni d’avoir déclaré en 2019 que l’appui de celui qui était alors le prince Charles était « un immense honneur ». De leur côté, les élus siégeant sur le comité des sciences et des technologies de la Chambre des communes avaient déclaré dès 2009 que l’homéopathie n’avait aucune preuve à offrir de son efficacité.

Et l’appui du prince à cette pseudoscience n’avait rien d’étonnant: il avait dit en 2016 l’utiliser pour soigner ses animaux d’élevage. Et il avait demandé dans les années 2000 que le ministère de la Santé finance l’homéopathie, selon des lettres obtenues en 2015 —après 10 années d’efforts— par le quotidien The Guardian.

Ces lettres avaient également révélé son lobbying pour d’autres traitements « alternatifs », ce qui n’était pas non plus étonnant, sachant qu’au-delà de l’homéopathie, il a appuyé au fil du temps l’acupuncture, la réflexologie (massage des points d’énergie des pieds), le reiki, la chiropratique et la « médecine anthroposophique », à travers le « Collège pour la santé intégrée » —un organisme créé sous sa gouverne, spécifiquement pour étudier des traitements dits alternatifs. Un « guide pour les patients » publié en 2005, y recommande plusieurs de ces pratiques, mais sans mentionner, là non plus, l’absence de preuves de leur efficacité.

Par ailleurs, à travers la compagnie vouée à l’agriculture biologique qu’il a fondée en 1990  —les profits sont remis à des organismes de charité— il a endossé un produit de « détoxification » —un terme qui réfère au « nettoyage » de nos intestins, un processus que notre corps fait toutefois très bien tout seul. Il a donné en 2017 la conférence d’ouverture du congrès de biodynamie, un concept ésotérique que l’on doit à l’occultiste Rudolf Steiner (1861-1925).

Peut-être en réaction à ceux qui le critiquaient, il s’était dit, en 2010, fier d’être « un ennemi des Lumières » (enemy of the Enlightenment), le nom donné au mouvement philosophique qui, aux 17e et 18e siècles, a mis l’accent sur le raisonnement et le rationnel dans les affaires humaines.

On associe aux Lumières non seulement la plus grande place prise, depuis cette époque, par la science, mais aussi les avancées de la démocratie face aux gouvernements autoritaires ou aux monarchies. Des noms comme Voltaire ou Isaac Newton sont associés à cette époque de grandes transformations dans la façon d’appréhender le monde qui nous entoure. Mais dans son discours de 2010, dans le cadre du congrès annuel de la Fondation du Prince Charles pour l’environnement, le futur roi Charles III voyait les choses autrement: « J’ai déjà été accusé d’être l’ennemi des Lumières. Je m’en sens fier. »

Les Lumières, poursuivait-il en commettant une erreur de chronologie, « ont commencé il y a 200 ans » (ce serait plutôt 300 à 400 ans). « Il pourrait être temps d’y repenser et de questionner si c’est vraiment efficace dans les conditions actuelles ».

Comme d’autres le lui avaient fait remarquer à l’époque, c’était une prise de position inédite, de la part de quelqu’un qui, lorsqu’il deviendrait roi, deviendrait aussi le « saint patron » de la Société royale, l’agence qui, en Grande-Bretagne, soutient la recherche scientifique, conseille les élus, et fait la promotion de l’éducation scientifique et de la coopération internationale en science. La Société royale est un produit de l’époque des Lumières, créée en 1660 par une charte du roi Charles II.