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Deux médicaments contre l’Alzheimer ont été approuvés en un an et demi aux États-Unis, mais rien n’indique qu’à court terme, la lutte contre l’Alzheimer sera plus facile.

Le premier, Aduhelm, de la compagnie américaine Biogen, approuvé dans la controverse en juin 2021 par l’organisme américain chargé d’approuver les nouveaux médicaments (la FDA), a fait l’objet d’une enquête de la Chambre des représentants dont le rapport, publié à la fin-décembre, ne fait qu’ajouter à la controverse : le processus d’approbation, y lit-on, a été « rempli d’irrégularités » et « atypique ». Au coeur de la controverse: un comité d’experts avait initialement recommandé (à 10 voix contre une) que le médicament ne soit pas approuvé, jugeant qu’il n’avait pas fait la preuve de son efficacité. Ce qui n’avait pas empêché la FDA de donner son accord.

Le deuxième médicament, Leqembi, a été approuvé de façon plus consensuelle le 6 janvier dernier. Mais d’un point de vue scientifique, il fait face aux mêmes difficultés de base: comme les experts du domaine ne s’entendent toujours pas sur les causes et les signes avant-coureurs de l’Alzheimer, les médicaments peuvent tout au plus ralentir la progression de la maladie, et non inverser le processus, encore moins éliminer la maladie.

Ainsi, la FDA avait autorisé l’Aduhelm, non pas en raison de preuves comme quoi il réduirait les pertes cognitives, mais en raison de preuves « raisonnables » comme quoi il réduirait les plaques bêta-amyloïdes dans le cerveau. Or, c’est là un critère qu’avait spécifiquement rejeté le comité d’experts: bien qu’il ait souvent été évoqué depuis 30 ans que la réduction de ces plaques soit liée à une amélioration de l’état du patient, l’association demeure contestée (voir ce texte du Détecteur de rumeurs).

Qui plus est, il est inhabituel, avaient noté les observateurs en 2021, que la FDA ne tienne pas compte de l’avis de son comité d’experts.

Le rapport du comité de la Chambre des représentants paru à la fin-décembre, qui est passé à travers 500 000 pages de documents de la FDA et de Biogen, reproche effectivement à la FDA de ne pas avoir tenu compte de ses experts et questionne la légitimité de ses interactions, entre 2019 et 2021, avec Biogen. Mais le rapport n’établit pas de responsabilités pour ce processus d’approbation inhabituel.

Quant au nouveau-venu, Leqembi (ou lecanemab), il n’a lui aussi que la prétention de pouvoir « ralentir » la progression de la maladie. Et même cette conclusion ne fait pas l’unanimité —comme elle ne faisait pas l’unanimité pour l’Aduhelm: d’une part, le diagnostic de l’Alzheimer reste, aujourd’hui encore, quelque chose d’imprécis et d’autre part, les bénéfices d’un « ralentissement » de la progression de la maladie sur la vie quotidienne d’une personne peuvent difficilement être évalués.

Deux experts commentent dans Nature le 6 janvier que les essais cliniques du Leqembi « apportent de l’espoir, mais nécessitent davantage de clarté ». Et les auteurs de l’essai clinique eux-mêmes écrivent que « des études de plus longue durée seront requises pour déterminer l’efficacité » du Leqembi dans les premiers stades de l’Alzheimer.

L’approbation de la FDA est venue avec un langage plus prudent que ce qui avait accompagné son prédécesseur: il est précisé (ce qui devra apparaître sur l’étiquette) que le Leqembi ne peut être utilisé que chez des patients à un stade « léger » ou modéré de l’Alzheimer (c’est également sur eux seulement qu’a porté l’essai clinique).

Le coût fait également sourciller: celui de l’Aduhelm s’élèverait à  56 000$ US, un prix « injustifiable », lit-on dans le rapport de décembre. Tandis que celui du Leqembi —un partenariat entre la firme japonaise Eisai et Biogen— sera de 26 500$ (35 000$ CAN) par an. Il s’agit d’un traitement par intraveineuse administré toutes les deux semaines.

Sachant qu’avec une population vieillissante,  la demande pour un médicament contre l’Alzheimer ira croissante, un coût aussi élevé pourrait avoir un impact sur ceux qui auront accès au traitement: aux États-Unis, l’assurance-maladie pour les personnes âgées (Medicare) n’a pas encore indiqué si elle couvrirait les frais du Leqembi, mais elle a mis les freins à l’Aduhelm, invoquant que les « avantages » ne sont pas assez clairs. La même question va se poser dans tous les pays disposant d’un régime d’assurance-maladie universelle, si leurs autorités de la santé approuvent l’un ou l’autre de ces médicaments.

 

Photo: Noelle Otto / Pexels