Ces derniers jours, une référence à une « étude » sur les coureurs et les cyclistes qui émettraient un taux dangereux de gouttelettes contaminées au coronavirus, accompagnée d’une inquiétante animation informatique, a causé beaucoup d’inquiétude. Or, constate le Détecteur de rumeurs, il n’y a aucune étude. Et l’animation n’a jamais été validée, que ce soit en épidémiologie, en médecine ou en biologie.


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Le 8 avril, l’auteur russe Jurgen Thoelen, qui se présente comme un entrepreneur et un athlète, a publié sur la plateforme de blogues Médium un texte d’opinion qui est devenu viral en quelques heures : « selon une étude belge et néerlandaise », titrait-il, vous ne devriez pas, en notre époque de distanciation sociale, vous tenir à moins de 5 mètres derrière un coureur ou un cycliste, en raison du « nuage » de gouttelettes que celui-ci émettrait dans son sillage. S’il s’agit d’un cycliste à l’entraînement, la distance sécuritaire serait même, selon le billet, de 20 mètres.

coureur-gouttelettes

Or, aucune étude n’était mentionnée dans le texte. Sa source, a reconnu Thoelen, était un article lu dans un média belge ce matin-là, qui citait le chercheur néerlandais Bert Blocken, de l’Université de technologie d’Eindhoven, auteur avec ses trois collègues belges et néerlandais de l’animation informatique en question. Aucune étude n’était mentionnée non plus dans l’article du média belge. Quant à Blocken, il n’est ni microbiologiste ni épidémiologiste, mais expert en aérodynamisme.

Devant l’afflux de courriels et de demandes d’entrevues par des journalistes de partout, Blocken et ses trois collègues ont rapidement admis que leur animation informatique était uniquement destinée à simuler un phénomène physique —l’aérodynamisme et les gouttelettes— mais ne pouvait en aucun cas prétendre être une démonstration de la transmissibilité de l’actuel coronavirus ou de quoi que ce soit d’autre. Ils ont mis en ligne le jour même ce qui a été appelé un « livre blanc », qui est normalement une prise de position sur un sujet précis, mais qui s’est avéré être une simple traduction en anglais de l’article paru dans le journal belge. 

Le 10 avril, ces chercheurs publiaient finalement sur leur site un « pré-papier » —c’est-à-dire un rapport de recherche qui n’a pas été révisé— où ils décrivaient leur simulation informatique, justifiant son utilité dans le contexte du débat sur la distanciation sociale, tout en prenant soin de souligner qu’il faudrait avant tout tester la validité… de la simulation elle-même. Un tel type d’animation informatique a en effet son utilité dans les sciences du sport ou en aérodynamisme, par exemple pour tester la résistance d’un coureur au vent. En revanche, son efficacité en microbiologie reste à prouver.