Confiner la population à domicile a-t-il été efficace pour endiguer la propagation du SARS-CoV-2? Pour plusieurs personnes, ces mesures sanitaires n’ont servi à rien. Le Détecteur de rumeurs fait le point.


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L’origine de la rumeur

L’idée a été relancée au début d’août dans une vidéo de l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille, qui n’en est pas à une controverse près (il s’agit de l’institution dont Didier Raoult est le directeur). On peut y entendre le Dr Philippe Parola affirmer qu’« aucune publication » scientifique, aucune étude, n’appuierait l’efficacité du confinement.

Depuis le début de l’année 2020, dans l’espoir de limiter la propagation du virus qui cause la COVID-19, de nombreux pays ont imposé des périodes de confinement à leurs citoyens, sous diverses formes. Certains ont opté pour un confinement total — fermant bureaux, entreprises, écoles et commerces, voire imposant un couvre-feu — et d’autres pour un confinement partiel, autorisant certaines activités. À cela s’ajoutaient généralement d’autres mesures qu’on appelle, dans le jargon hospitalier, des « interventions non pharmaceutiques » : par exemple, le port du masque et la distanciation physique dans les lieux publics.

 

Les faits

Il existe bel et bien des études. Plusieurs ont conclu que, dans les circonstances où plusieurs mesures ont été lancées en même temps, il est difficile de distinguer les effets du confinement de ceux des autres mesures sanitaires. Par exemple, une étude comparant les données de 10 pays et parue en janvier dernier, conclut que les mesures « non pharmaceutiques » sont bel et bien associées à des réductions significatives des cas d’infection dans 9 des 10 pays en question. Elle ne prétend toutefois pas pouvoir isoler une mesure par rapport à une autre.

Une autre étude, portant sur 87 régions du monde et parue en décembre 2020, indique par contre que parmi cinq catégories d’interventions non pharmaceutiques, seul l’effet du confinement serait identifiable : 75 à 87 % de réduction du taux effectif de reproduction, soit le nombre moyen d'infections secondaires produites par une personne infectée. Les résultats ont toutefois été critiqués, en raison du modèle mathématique utilisé par les auteurs, puis contredits par cette étude, parue en mars, qui n’a pas réussi à prouver que le confinement à domicile réduisait le taux de décès dans la quasi-totalité des régions étudiées.

Une analyse des données des cinq premiers mois de la pandémie (janvier à mai 2020) dans 41 pays concluait pour sa part que certaines interventions étaient plus efficaces que d’autres, tout en convenant qu’il était impossible de mettre un chiffre précis. La fermeture des écoles et des universités, de même que la limitation des rassemblements à un maximum de 10 personnes, étaient les deux mesures qui semblaient avoir l’impact le plus élevé, devant la fermeture des commerces non essentiels et le confinement à la maison. L’étude précise que le confinement est d’autant plus efficace s’il est accompagné d’autres mesures.

Est-il possible que l’effet du confinement varie dans le temps ? Des chercheurs indiens ont comparé les taux d'infection dans une douzaine de pays, après avoir ciblé des moments précis du calendrier. Leur conclusion est que la réduction du taux d’infection s’élève à 61 %, entre la semaine précédant le confinement et la fin de sa première semaine d’application.

Ils ont aussi constaté que la Suède et la Corée du Sud enregistraient une baisse des infections et de la mortalité, et ce, sans avoir imposé de confinement obligatoire. Toutefois, on sait depuis l’an dernier, grâce à des données publiées par Google, que les Suédois ont moins consommé au printemps 2020 (bars et restaurants) et se sont moins déplacés qu’avant la pandémie, en plus d’avoir déserté les bureaux, même s’ils n’y étaient pas obligés.

Enfin, d’autres études ont suggéré que le confinement, à défaut d’avoir un effet direct sur le taux de mortalité, permettrait de prévenir ou de retarder le nombre de cas d’infection. Il serait ainsi efficace, selon une étude parue en juin 2020, pour réduire le taux de reproduction du virus environ 10 jours après la mise en place des mesures, avec un effet qui se poursuivrait jusqu’à 20 jours (l’étude s’appuie sur les données quotidiennes de 200 pays, depuis les premiers jours de la pandémie jusqu’au 10 mai 2020). En Italie, le confinement strict du printemps 2020 était ce qui avait réduit la transmission du SARS-CoV-2, avaient conclu des chercheurs peu après. De plus, écrivaient-ils, dans certaines régions du pays, un confinement moins rigide avait conduit à une diminution insuffisante de la mobilité des gens pour inverser l’évolution de l’épidémie.

 

Verdict

Il restera toujours difficile de distinguer l’effet du confinement de celui des autres mesures. Par contre, il est faux d’affirmer qu’aucune étude ne s’est penchée sur la question; en fait, plusieurs études suggèrent l’efficacité de cette mesure pour prévenir ou diminuer le nombre de cas — donc, un effet indirect sur les hospitalisations et les décès.

 

Image: taux de croissance des cas, avant et pendant les mesures sanitaires du printemps 2020, dans 10 pays. Bendavid et al., 2021.