La forêt amazonienne est sans doute la plus connue du monde. Mais elle n’est pas la forêt brésilienne présentant la plus grande biodiversité, pas plus qu’elle n’est la plus menacée du Brésil. Le Détecteur de rumeurs explique pour quelles raisons ce titre revient à la forêt atlantique. 


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Un plus grand nombre d’espèces au kilomètre carré qu’en Amazonie

La mata atlântica —son nom en portugais— se trouve en majeure partie au Brésil, avec une petite portion en Argentine et au Paraguay. Comme elle s’étire le long de la côte Atlantique sur plus de 5000 km, et qu’elle court du bord de mer jusqu’à des sommets de 2700 m, d’importantes variations des précipitations —de moins de 1000 mm à plus de 4000 mm par an— et des températures — de 0°C à 40°C— y sont enregistrées chaque année.

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À gauche, l’étendue des forêts amazonienne et atlantique vers 1500.
À droite, ce qu’il en reste aujourd’hui. Le bleu pâle représente l’étendue originale des forêts. Source

C’est cette diversité de paysages et de climats qui explique que la forêt atlantique abrite plus d’espèces au km2. La forêt amazonienne, elle, n’a qu’un seul climat, équatorial. 

Certes, la forêt amazonienne compte un plus grand nombre d’espèces en termes absolus, puisqu’elle est sept fois plus grande. Mais la forêt atlantique compte tout de même quelque 20 000 espèces de plantes, 936 espèces d’oiseaux, 516 espèces d’amphibiens et 312 espèces de mammifères, sans parler des poissons d’eau douce et des reptiles. Environ 40% de ces espèces seraient endémiques, et ne se trouveraient donc que dans cette forêt, selon une compilation des « points chauds de la biodiversité » publiée en 2011 (Biodiversity Hotspots). 

Une région plus à risque de disparaître que la forêt amazonienne

La forêt atlantique a perdu, depuis l’arrivée des colons européens vers 1500, entre 72% et 92% de sa couverture végétale initiale, selon différentes études dont la dernière date de 2018. Aujourd’hui, elle n’est plus qu’un archipel d’îlots de végétation, dont plus de 80% font moins de 50 hectares, d’après une étude de 2009.

Selon l’auteur principal de Biodiversity Hotspots, le primatologue et herpétologiste américain Russel Allan Mittermeier, la forêt atlantique ferait partie aujourd’hui des 10 plus importantes zones de biodiversité du monde menacées par l’activité humaine —au contraire de l’Amazonie qui, elle, conserve environ 80% de son couvert forestier d’origine. Pour être considérée comme un point chaud de biodiversité, une région doit entre autres avoir perdu au moins 70% de son habitat d'origine, ce qui est le cas de la forêt atlantique.

L’urbanisation, l’industrialisation et l’expansion agricole sont à l’origine de cette déforestation, selon une étude du Dr Gustavo Alberto Fonseca, directeur des programmes du Fonds pour l’environnement mondial. Le territoire jadis couvert par la forêt atlantique loge aujourd’hui plus de la moitié de la population brésilienne —environ 125 millions de personnes, notamment à Sao Paulo et Rio de Janeiro— et fournit certaines des terres agricoles les plus productives du pays. Il contribuerait pour plus de 70% au produit intérieur brut du Brésil, précise une étude réalisée par deux écologistes brésiliens en 2015

Enfin, 60% des espèces menacées du Brésil proviendraient de la forêt Atlantique, selon un article paru en 2015 dans Biological Conservation.

Des réserves privées: une solution ?

Plus de 80% de ce qui reste de la forêt atlantique est constitué de terrains privés, d’après la fondation SOS Mata Atlântica, une agence privée à but non lucratif ayant pour mission de promouvoir la conservation de la biodiversité de cette forêt. 

Encourager les propriétaires ruraux à transformer leurs terres en réserves privées du patrimoine naturel (RPPN) est considéré par les écologistes comme une stratégie pouvant contribuer à la reforestation, explique José Carlos DaSilva Gomes, l’un des gardes forestiers du parc provincial Pedra Selada, situé dans la région de Rio. 

Entre 2003 —année suivant la création du programme— et 2013, plus de 57 000 hectares de forêt, soit l’équivalent de 62 000 terrains de soccer, ont été protégés sous forme de RPPN, selon SOS Mata Atlântica. Leur nombre est passé de 442 à 936 en 10 ans, soit une augmentation de plus de 100%. Il n’a pas été possible d’obtenir des statistiques plus récentes.

 

- Laura Martinez