Depuis le début de la pandémie, les établissements d’enseignement postsecondaires craignent la désertion des étudiants peu friands des cours virtuels. Alors que la session d’automne est bien entamée, le Détecteur de rumeurs constate que le pire ne s’est pas réalisé… mais que la chute des inscriptions d’étudiants internationaux pourrait devenir un problème économique pour ces établissements.


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Les universités sont sur le qui-vive depuis le mois de mars. Alors que les cours de la session d’hiver 2020 se transformaient en des cours en ligne, les universités s’inquiétaient déjà qu’une session d’automne elle aussi virtuelle ne provoque une vague de désaffections.

Les résultats d’un sondage mené auprès de 1100 étudiants canadiens, publiés à la mi-mai, donnaient raison aux pessimistes. Près d’un tiers (30 %) des répondants hésitaient à s’inscrire dans un établissement de niveau postsecondaire en vue de la rentrée 2020, craignant entre autres que l’enseignement à distance procure une mauvaise expérience d’apprentissage.

Trois mois plus tard, en août, la jeune compagnie CourseCompare.ca avait brossé un portrait de l’offre de cours des mois à venir à partir des intentions de 150 établissements d’enseignement postsecondaire du Canada. Dans cette compilation, on apprenait que 54 % comptaient offrir des cours en ligne et que 40 % allaient miser sur une formule hybride. Seuls 4 % souhaitaient donner la majorité de leurs cours en personne.

Plus de peur que de mal

Or, les taux d’inscription dévoilés jusqu’à maintenant laissent croire que la catastrophe appréhendée a été évitée. Dans les universités québécoises, le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI) rapportait, le 2 octobre, une hausse totale des inscriptions de 1,3 %, comparativement au trimestre d’automne 2019. Cette croissance est surtout attribuable aux personnes inscrites aux cycles supérieurs et à temps partiel.

L’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue enregistrait par exemple, en août, une hausse globale de plus de 5 % de ses inscriptions cet automne par rapport à l’automne 2019. Même chose à l’Université Laval, qui notait une augmentation d’environ 4 % des inscriptions d’étudiants provenant de cégeps par rapport à l’an dernier. L’établissement attend toutefois la publication des données officielles plus tard cet automne, après la date limite pour les abandons, avant de confirmer cette tendance.

La situation n’est pas la même partout. Plusieurs établissements font état d’un taux d’inscription similaire à 2019, ou légèrement inférieur. C’est notamment le cas de l’Université du Québec en Outaouais et de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), dont la diminution du nombre d’étudiants est inférieure à 1 %.

Lors de la session d’été, l’Université Laval faisait également état d’une hausse de 3000 inscriptions.

Ailleurs au Canada, l’Université Saint-Paul (Ontario) connaît une croissance de 19 % de ses inscriptions, la plus forte de son histoire. L’Université de Moncton, l’Université de la Saskatchewan, l’Université Mount Royal (Alberta), l’Université Memorial (Terre-Neuve) et l’Université de la Colombie-Britannique, comptent également plus d’étudiants, quoique les hausses sont généralement modestes et varient selon les programmes d’étude.

Le poids des étudiants internationaux

Peut-on conclure à la bonne vitalité financière des universités ? Non, puisqu’il faut aussi considérer la variation des étudiants internationaux, une clientèle sur laquelle ces établissements misent de plus en plus pour boucler leurs budgets. En effet, leurs frais de scolarité sont plus élevés que ceux des étudiants québécois et canadiens.

Au niveau postsecondaire, les étudiants venant de l’étranger représentaient près du quart (23,8 %) des nouveaux effectifs en 2017-2018, selon Statistique Canada, et plus du tiers des droits de scolarité perçus. Or, avec la fermeture des frontières et les restrictions sanitaires imposées par la COVID-19, plusieurs de ces étudiants sont, cet automne, aux abonnés absents. Au Québec, le BCI fait état d'une baisse de 8,6 % de leurs effectifs comparativement à l’automne 2019. À l’UQAR, ce sont seulement 500 des 1500 étudiants internationaux habituellement inscrits qui sont au rendez-vous, rapportait Le Devoir en août.

Cela entraîne des pertes de revenus pour les universités. Au Canada, selon les différents scénarios projetés, ces pertes pourraient totaliser, au cours de l’année universitaire 2020-2021, entre 377 millions (une diminution des revenus de 0,8%) et 3,4 milliards de dollars (7,5%) selon un document publié le 8 octobre par Statistique Canada.

La situation est identique aux États-Unis, souligne par ailleurs le New York Times. Le journal ajoute que, là-bas aussi, les universités américaines les plus petites sont particulièrement menacées par la perte d’étudiants internationaux.

 

 

Photo: Pikist / CC