« Préserve et répare la peau ». « Retarde l’apparition des rides ». C’est ce que promettent les publicités des cliniques privées offrant une séance dans une chambre hyperbare. Le Détecteur de rumeurs et l’Organisation pour la science et la société expliquent pourquoi acheter une crème antirides coûterait moins cher pour le même résultat.


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L’origine de la chambre hyperbare

Le nom savant est oxygénothérapie en caisson hyperbare. Le mot « hyperbare » désigne la pression accrue à l’intérieur du compartiment. Ces caissons ont commencé à être utilisés dans la deuxième moitié du 19e siècle et s’avèrent très utiles pour les plongeurs.

DDR-OSS-logoC’est que les plongeurs faisaient face à un grave problème : en descendant et en remontant rapidement, leurs corps subissaient les conséquences néfastes des différences de pressions. Ces conséquences incluaient le vertige, la perte de l’ouïe et des douleurs au niveau des articulations. Lorsque le plongeur entrait dans un caisson hyperbare par contre, il pouvait être transporté rapidement parce que la pression à l’intérieur pouvait être ajustée beaucoup plus lentement, permettant au corps de s’adapter à ce changement.

Ces caissons ont éventuellement trouvé une utilité en médecine: lorsqu’ils sont combinés à un approvisionnement en oxygène accru, on parle d’oxygénothérapie en caisson hyperbare. Bien que l’air qui nous entoure soit composé à 21% d’oxygène, on peut monter jusqu’à 100% dans un caisson hyperbare.

Certains patients voient leur état s’améliorer grâce à cette oxygénothérapie, soit à cause de la pression plus élevée, soit à cause de l’apport augmenté en oxygène, ou une combinaison des deux. Par exemple, si un plongeur subit un accident de décompression parce qu’il est passé trop vite des profondeurs marines à une pression atmosphérique normale, des bulles gazeuses se forment dans son sang. La pression élevée à l’intérieur d’un caisson hyperbare permet de réduire le volume que ces dangereuses bulles de gaz occupent dans le sang.

L’origine de la rumeur autour des rides

Parallèlement, on s’était mis à comprendre que la thérapie pouvait contribuer à la cicatrisation après une chirurgie. Le haut taux d’oxygène semble faciliter la formation de nouveaux vaisseaux sanguins et de molécules impliquées dans la guérison des tissus. Santé Canada énumère même 14 « états pathologiques » qui semblent bénéficier de cette thérapie.

Le traitement des rides n’en fait toutefois pas partie.

Les cliniques privées offrent généralement ce traitement sous la forme d’une session d’une à deux heures, dans un de ces caissons pressurisés avec un taux d’oxygène élevé. Ces cliniques donnent rarement les raisons pour lesquelles cette thérapie ferait des miracles pour les rides.

En fait, une recherche dans la base de données Medline avec « oxygénothérapie » et « peau » révèle plutôt des recherches sur des souris, des rats et des lapins à la peau brûlée; on trouve aussi des recherches sur des araignées, et sur des cellules. Mais pas d’études utilisant ces caissons pour réduire les rides chez les humains.

Il faut aussi savoir que ce n’est pas sans risque. Un trauma de l’oreille moyenne a été rapporté chez 2% des usagers et un type de myopie qui disparaît après quelques jours ou semaines a été rapporté chez certains patients. Et on signale des décès: 77 personnes sont mortes de 1923 à 1996 dans 35 chambres hyperbares qui avaient pris feu. Le haut taux d’oxygène signifie qu’une étincelle peut être mortelle.

La National Fire Protection Association, un organisme à but non lucratif qui existe depuis 1896 avec pour mission de réduire les incendies causant des morts et des blessés, a même partagé ses préoccupations vis-à-vis la prolifération des caissons hyperbares dans les spas et les centres commerciaux, de même que des versions du caisson en tissu pour utilisation à domicile. Certains de ces caissons ne répondent pas aux normes de sécurité et représentent des risques d’incendie, prévient l’association.

En bout de ligne, la prolifération de ces caissons pour des soins non prouvés s’explique peut-être par des raisons financières. Les cliniques privées qui font l’achat de ces caissons coûteux doivent rentabiliser leur investissement. Les plongeurs qui ont des accidents de décompression ne sont pas si nombreux. Élargir sa clientèle en faisant miroiter des applications esthétique et anti-vieillissement fait donc,  financièrement, du sens.

Cet article est une adaptation du texte en anglais de Jonathan Jarry publié sur le site de l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill

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