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La plupart des parents ont déjà entendu parler de la méthode du 5-10-15 pour apprendre à leur enfant à s’endormir par lui-même. Les conséquences de cette approche sur le bébé, ou d’autres méthodes d’entraînement au sommeil, continuent toutefois d’alimenter les débats. Le Détecteur de rumeurs a constaté que la question n’est pas sur le point d’être tranchée.


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N’importe quel parent l’apprend vite, le sommeil est un enjeu avec l’arrivée d’un nouveau bébé. Que ce soit en raison des longues heures passées à le bercer jusqu’à ce qu’il s’endorme ou des nombreux réveils nocturnes, plusieurs parents considèrent les premiers mois comme particulièrement épuisants.

Il n’est donc pas étonnant que les méthodes qui prétendent apprendre à un bébé à s’endormir par lui-même soient si populaires. Le traitement le plus étudié, mais aussi le plus débattu, est celui de « l’extinction », soulignaient en 2016 des chercheurs australiens.

L’origine de la rumeur: laisser pleurer, une bonne stratégie

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Comme le résumaient ces chercheurs, cette approche est basée sur l’idée que, lorsque les parents réagissent pour apaiser leur enfant qui pleure à l’heure du coucher, ils renforceraient ce type de comportement. Pour l’éliminer, les parents devraient donc, en théorie, ne plus donner ce genre d’attention.

Les méthodes dites de l’extinction impliquent, autrement dit, de laisser un enfant pleurer au moment d’aller au lit et de retarder le plus possible l’intervention du parent. C’est ce qui permettrait au bébé d’apprendre à s’endormir de façon indépendante. Les experts parlent « d’extinction non modifiée » lorsque les parents mettent l’enfant au lit et ignorent ses pleurs jusqu’au lendemain matin.

L’extinction non modifiée est toutefois de nature à stresser les parents, observaient il y a déjà deux décennies des chercheurs américains dans une revue de la littérature sur les interventions pour favoriser le sommeil des enfants. C’est pourquoi certains auteurs ont développé « l’extinction graduelle »: on ajuste graduellement l’intervalle entre les moments où les parents visitent le bébé. Par exemple, au début, le parent le laisse pleurer 5 minutes avant d’aller le voir, puis augmente le délai à 10 minutes, et ainsi de suite. 

Est-ce que ça fonctionne?

Ces méthodes d’entraînement au sommeil ont donc fait l’objet de plusieurs études depuis longtemps puisque, dès 2006, les chercheurs américains avaient pu réaliser cette revue de littérature sur l’efficacité de différentes interventions. Ils y concluaient que l’efficacité des approches basées sur l’extinction était démontrée chez les enfants de moins de 5 ans.

Plus récemment, une méta-analyse publiée en 2021 estimait que les interventions en général pour améliorer le sommeil (pas juste celles de l’extinction) augmentaient la durée du sommeil nocturne de 9 minutes en moyenne par nuit.

En 2023, une revue de littérature arrivait aux mêmes conclusions. L’année suivante, des chercheurs français qui ont à leur tour réalisé une revue de littérature allaient jusqu’à dire que les seuls traitements démontrés efficaces pour régler les problèmes de sommeil chez les enfants de plus de 6 mois étaient l’extinction non modifiée et l’extinction graduelle.

Est-ce stressant pour lenfant?

Cependant, ces synthèses d’études ne se sont pas penchées sur l’impact de ces méthodes sur le lien entre le parent et l’enfant. Ainsi, en 2016, des chercheurs australiens avaient estimé que le fait d’ignorer les pleurs de son enfant irait à l’encontre de l’instinct biologique des parents. Ce serait même la raison pour laquelle beaucoup de parents ne peuvent pas endurer le stress lié aux approches basées sur l’extinction.

À l’inverse, certains groupes évoquent plutôt le stress que cette approche fait subir aux jeunes enfants. Il est vrai que le stress excessif est considéré comme mauvais pour les tout-petits, mais on ne sait pas à partir de quelle durée de pleurs on peut parler de pleurs « excessifs », soulignaient les scientifiques australiens. 

En 2012, des chercheurs américains s’y sont essayé: ils ont mesuré les niveaux de cortisol, une hormone produite en situation de stress. C’était dans une étude où ils ont analysé la réaction de 25 enfants et de leur mère lors d’un programme d’entraînement au sommeil. Comme on pouvait s’y attendre, les chercheurs ont noté que les niveaux de cortisol de la mère et de l’enfant étaient élevés dans les premiers jours. Après 3 jours, les bébés ne pleuraient plus, ce qui avait pour effet de diminuer le stress (et donc la sécrétion de cortisol) de leur mère. Les niveaux de cortisol des enfants demeuraient toutefois élevés. 

Selon les chercheurs, cela signifie que l’entraînement au sommeil continue de provoquer de la détresse chez l’enfant. Cependant, il finit par apprendre qu’il est inutile de pleurer, puisque personne ne viendra.

Que disent les autres études?

L’étude a été critiquée. Un des auteurs français de la revue de 2024, Florian Lecuelle, écrivait en avril 2025 que cette étude de 2012 comportait plusieurs lacunes, dont l’absence de groupe contrôle. La façon de mesurer le cortisol ne serait pas non plus appropriée. Selon lui, les inquiétudes concernant les taux de cortisol seraient en fait basées sur de fausses croyances.

Mais les données restent rares pour appuyer ou nier les effets négatifs de l’entraînement au sommeil. Les chercheurs australiens le déploraient en 2016, et dans une revue de littérature publiée en 2020, les chercheurs avaient identifié un seul essai clinique entre 2007 et 2018 qui avait évalué l’extinction graduelle. 

Dans sa recherche pour le présent article, le Détecteur de rumeurs a trouvé seulement trois autres études qui se sont penchées sur les impacts de l’entraînement au sommeil chez les jeunes enfants (2012, 2016, 2020). Ces études n’ont pas relevé d’effets négatifs, notamment sur l’attachement mère-enfant ou sur le développement émotionnel et comportemental de l’enfant. Cependant, certaines de ces études se basaient uniquement sur les dires des parents. Il est donc difficile de savoir si les résultats représentent la perception des parents ou ce que vivent réellement les tout petits.

Enfin, il y a une différence entre « aucune preuve d’effets négatifs » et « des preuves qu’il n’y a aucun effet négatif », soulignaient les chercheurs australiens 2016. Selon eux, il était alors impossible de conclure à propos des effets de cette approche sur l’attachement. 

Verdict

Même si quelques petites études qui se sont penchées sur les méthodes d’entraînement au sommeil n’ont pas observé d’effet négatif sur le développement des enfants, on ne connaît pas encore très bien leur impact. Toutefois, en terme d’heures de sommeil, l’impact est probablement limité. De plus, les partisans et les détracteurs ont souvent une vision très idéologique et choisissent les études qui appuient leur point de vue, ce qui complique la vie aux parents qui cherchent des réponses. 

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