Un texte de Carine Touma, journaliste - Agence Science-Presse

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Intéressé depuis ses débuts en enseignement par la présentation de l’information dans les médias, que ce soit à la télévision, au cinéma, dans la presse écrite, voire dans les publicités, Philippe Gendreau pousse la réflexion plus loin avec son cours Éthique et Médias.

L’enseignant de cinquième secondaire a bâti ce cours en 2004, profitant de la transition du cours de morale vers celui d’éthique et culture pour en proposer un où les élèves réfléchiraient à l’influence des médias – « miroirs » des valeurs de la société, selon lui – et aux enjeux éthiques qui y sont liés.

Si la direction de l’école secondaire Ozias-Leduc, à Mont-St-Hilaire, était à l’origine sceptique quant à la popularité qu’aurait le cours, « personne ne pouvait remettre en cause sa pertinence », estime-t-il.

« À l’époque, les médias, la publicité, la télévision, le cinéma, la presse écrite et la concentration dans les médias étaient déjà des enjeux intéressants pour former un citoyen », rappelle l’enseignant, qui, avec les années, a pu intégrer YouTube, Facebook, Twitter, Snapchat et autres plateformes à son cours.

Cette année, quatre groupes de cinquième secondaire suivent le cours, qui couvre l’histoire des communications, de l’apparition de la parole et de l’écriture au développement des médias modernes.

L’enseignement par la réflexion

Philippe Gendreau aime répéter qu’Éthique et Médias est « un cours de questions, pas un cours de réponses ».

Au début de chaque cours, les élèves discutent d’actualité et d’enjeux éthiques qu’ils ont pu remarquer dans les médias. Ils comparent également des reportages sur un même sujet : l’angle de traitement, le choix d’intervenants et la façon dont l’information est présentée.

Pendant l’année scolaire, les élèves réalisent même un reportage vidéo pour mieux comprendre le travail journalistique.

L’enseignant veut que ses élèves apprennent le fonctionnement de l’industrie des médias – « qu’il y a des intérêts financiers derrière ça, que c’est une grosse structure » –­, afin qu’ils puissent développer un regard critique face à la multitude de sources accessibles.

Fait encourageant : les jeunes « savent très bien distinguer une information qui proviendrait d’un média officiel versus une source douteuse », surtout lorsqu’ils travaillent en équipe, affirme-t-il.

Délaissant au fil des ans les bonnes vieilles coupures de journaux en faveur de captures d’écran et de photos provenant du monde entier, il se fait un devoir de présenter à ses élèves une diversité de sujets qui lui permettent d’aborder une panoplie de thèmes. Par exemple, les manifestations prodémocratie qui secouent Hong Kong ou les publicités politiques diffusées pendant la campagne électorale fédérale ont soulevé, en classe, des questions de manipulation de l’information.

« Dans certains groupes, certains sujets vont les accrocher et on va avoir un débat, des fois enflammé. Puis, dans un autre groupe, ce même thème va passer presque inaperçu », note l’enseignant.

« Depuis 16 ans, je donne le même cours, mais ça n’a jamais été le même non plus parce que mes exemples sont puisés dans l’actualité », affirme-t-il.

Les citoyens du XXIe siècle

Un avantage pour les élèves, souligne-t-il, est qu’un sujet abordé sous un angle précis dans le cours d’un collègue peut être approfondi dans sa classe. Et si la conversation se poursuit à la maison, alors là, l’enseignant a le sentiment du devoir accompli.

« Honnêtement, c’est ma plus belle récompense parce que mon pari est que les élèves peuvent s’intéresser à tous les sujets, s’ils en maîtrisent un peu les bases, raconte-t-il. Et je pense que ça leur permet de devenir des citoyens engagés parce qu’ils peuvent en discuter avec leurs parents. »

« Les questions d’éthique et de médias sont indissociables [et doivent être abordées] pour outiller un citoyen du XXIe siècle », croit l’enseignant.

Les élèves nés dans l’ère post-internet sont en constant contact avec la production médiatique au sens large (jeux vidéo, cinéma et télévision, internet, réseaux sociaux, etc.). Voilà pourquoi, selon lui, l’éducation aux médias devrait être introduite dès le primaire, ne serait-ce que sous la forme de courts ateliers, car il est inopportun que l’école soit détachée du phénomène.

 « Je crois très fort à l’éducation aux médias, je reste vraiment surpris qu’en 16 ans ça n’ait pas pris plus de place. On est plusieurs à croire que ce serait une bonne chose que ce soit intégré [au curriculum] et beaucoup de profs font des efforts avec les moyens qu’ils ont. » Selon lui, les intentions sont présentes, c’est le temps qui manque.