Nos ancêtres ne se seraient pas abîmés les jointures au sol avant de maîtriser la marche sur deux pieds. Ils auraient expérimenté la marche bipède au sommet des arbres, selon une équipe de scientifiques britanniques. Cette affirmation défie la croyance jusqu’ici admise que les humains soient les descendants d’une créature semblable au chimpanzé qui serait descendu des arbres pour errer dans la savane de l’Afrique de l’Est, utilisant le dos de ses mains pour s’appuyer au sol, avant de se redresser lentement jusqu’à la posture adoptée aujourd’hui par les humains modernes.
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Selon Robin Cromptonde l’Université de Liverpool et Susannah Thorpe de l’Université de Birmingham, en Angleterre, nos ancêtres ont adopté la marche sur deux pieds dans les arbres pour passer plus aisément d’une branche à l’autre tout en gardant les mains libres pour attraper les fruits murs. Cette technique leur aurait permis de voyager d’arbre en arbre sans mettre les pieds au sol.
Les scientifiques sont parvenus à cette conclusion après avoir observé pendant un an les mouvements des orangs-outans au Sumatra. Les grands singes de cette région sont la seule espèce à vivre exclusivement dans les arbres. Les mouvements des singes captés sur caméra démontrent qu’ils utilisent la marche bipède pour atteindre les branches supérieures de l’arbre, utilisant principalement leurs bras pour maintenir leur équilibre. Contrairement aux gorilles et aux chimpanzés qui fléchissent toujours les genoux pour marcher au sol, les orangs-outans allongent les jambes et ont une démarche semblable à celle des humains.
Selon le professeur Crompton, cette technique aurait aidé énormément les ancêtres des humains il y a 20 millions d’années, quand l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Est connurent des changements climatiques importants et que des forêts entières disparurent. «Au fur et à mesure que les forêts disparaissaient, les ancêtres des humains ont plus ou moins abandonné les arbres pour descendre au sol et ont pu utiliser la marche bipède immédiatement», explique Crompton.
Cette théorie suggère que nos plus lointains ancêtres aient commencé à marcher beaucoup plus tôt qu’on ne le croit, c’est-à-dire, il y a 24 millions d’années plutôt qu’il y a 6 millions d’années lorsque la lignée des humains s’est divisée de celle des chimpanzés.
Dans un article publié dans la revue Science, les chercheurs décrivent comment les ancêtres des autres grands singes, c’est-à-dire les gorilles et les chimpanzés, ont continué à vivre dans les arbres et ont adopté la marche sur les jointures pour se déplacer plus rapidement entre deux arbres lorsqu’ils descendaient au sol. Selon cette théorie, les ancêtres des humains n’auraient donc jamais, à l’image des chimpanzés et des gorilles, marché à quatre pattes au sol avant de se redresser.
Ce point de vue ne fait cependant pas l’unanimité. Plusieurs chercheurs sont sceptiques. «Nos plus proches parents génétiques sont les chimpanzés et les gorilles et non les orangs-outans», précise Brian Richmond, anthropologue à l’Université George Washington. «Puisque ceux-ci grimpaient aux arbres et marchaient sur leurs jointures, il y a fort à parier que nos ancêtres le faisaient aussi». Les chercheurs sceptiques évoquent aussi le fait que les chimpanzés et les gorilles n’aient que huit os au poignet alors que la plupart des autres primates en possèdent neuf. Chez les humains, les gorilles et les chimpanzés deux os ont fusionné pour stabiliser le poignet, le rendant plus solide pour la marche sur le dos de la main. «Il ne s’agit pas d’une évidence, mais d’une preuve supplémentaire que nos ancêtres ont sans doute foulé le sol avec leurs jointures, » conclut Richmond.





