Il est maintenant bien connu que, pendant des décennies, les compagnies de tabac ont dépensé des milliards de dollars pour combattre la publicité négative que leur faisaient ces vilains scientifiques et spécialistes du cancer. Or, il semble qu’elles n’ont pas abandonné la lutte des relations publiques: elles l’ont simplement déplacé sur un autre terrain.

Des documents récemment examinés par des chercheurs révèlent qu’un réseau d’économistes, de philosophes et de sociologues a réussi à engendrer une bonne couverture médiatique, simplement en donnant une allure intellectuelle à leur argumentaire en faveur des fumeurs. Et dans les nombreux reportages consacrés à ces « experts », à peu près aucune mention du fait qu’ils sont payés par l’industruie du tabac, lit-on cette semaine dans le New Scientist .

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Anne Landman et ses collègues ont trouvé les documents détaillant cette stratégie —qui remonte aux années 1970— dans la Bibliothèque Legacy Tobacco Departments de l’Université de Californie à San Francisco. Une collection monumentale : 8 millions de documents produits par l’industrie du tabac au fil des décennie, et rendus publics lors des diverses poursuites judiciaires entamées contre cette industrie.

Parmi les membres rémunérés de ce réseau, certains avaient déjà surgi dans les médias, signale Anne Landman —experte des politiques du tabac, non affiliée à une université— dans la revue Social Science and Medicine : le psychologue Hans Eysenck et le philosophe Roger Scruton. On doit notamment à ce dernier un article, paru dans le Times de Londres en 1988, qui attaquait l’argument selon lequel les fumeurs coûtent cher en soins de santé, puisque les fumeurs, disait-il, vont mourir plus jeunes...

Des représentants de sept des géants du tabac, dont Philip Morris et British American Tobacco ont tenu une rencontre en 1977 pour « unifier » leurs efforts face aux menaces croissantes que faisaient peser sur leurs affaires la publicité de plus en plus négative relative aux risques de la cigarette. Ils ont commencé par embaucher des chercheurs qui s’étaient fait connaître pour leur opposition aux restrictions légales sur l’usage du tabac, dont des économistes qui remettaient en question les bénéfices financiers que la société en retirerait. Entre autres productions, un livre intitulé Smoking and Society : Towards a more Balanced Perspective (1985), incluait des articles signés par des membres du réseau.

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