Y a-t-il eu un avant-Big Bang? Pour les uns, la question est sans intérêt : s’il y en a eu un, il est à jamais indétectable. Pour les autres, au contraire, toute la question est là : s’il y en a eu un, pourrait-il avoir laissé des « marques » dans notre cosmos?

Alejandro Corichi, de l’Université nationale autonome de Mexico et Parampreet Singh, de l’Institut Perimeter de physique théorique à Waterloo (Ontario) croient que oui : sur la base de leurs calculs, ils affirment que ces traces seraient détectables sous la forme de fluctuations du rayonnement fossile —ces restes du Big Bang dans lesquels baigne notre cosmos. Mieux encore, écrivent-ils, si de telles traces sont effectivement détectables, c’est que l’Univers qui nous précédait fut assez similaire au nôtre.

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À la base, ces deux physiciens ne sont pas marginaux dans leur recherche d’un « quelque chose » de l’avant-Big Bang. Ils ne font que construire leur théorie à partir d’un concept que peu de nos lecteurs doivent connaître : la boucle gravitationelle quantique (Loop quantum gravity). L’inventeur de ce concept, qui permettrait en théorie de réécrire les équations d’Einstein pour qu’elles se conforment à l’univers bizarroïde de l’infiniment petit —et du moment du Big Bang— est l’Allemand Martin Bojowald, décrit par Nature en 2005 comme l’un des principaux candidats au titre de l’Einstein du XXIe siècle.

De ces concepts nébuleux découle l’hypothèse suivant laquelle nous vivrions dans un univers éternellement cyclique, fait d’expansions (comme notre cosmos actuel) et de contractions. Or, la plupart des physiciens, comme Stephen Hawking, ont longtemps conclu, après de longs et tortueux calculs, que même dans l’hypothèse d’un univers cyclique, toute trace du cycle précédent nous serait à jamais inaccessible. C’est justement cette conclusion que rejettent les théories de Bojowald, et à présent de Singh et Corichi.

Interrogé par le New Scientist, Martin Bojowald ne s’estime toutefois pas convaincu par les calculs de ses intrépides collègues. Les modèles de boucles gravitationnelles quantique seraient pour l’instant trop simples —les siens y compris— pour rendre compte convenablement de la complexité de l’Univers, à plus forte raison des Univers. Et qu’en conséquence, l’Univers « précédent » pourrait avoir été un lieu très différent, vraiment très, très différent.

On le sait, ça ne vous empêchera pas de dormir, mais ça vous donne une idée de ce à quoi certains physiciens théoriques consacrent leurs fin de semaine...

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