Face à une libido en berne, plusieurs se tournent vers des aphrodisiaques dont l’efficacité est largement surestimée, tandis que d’autres optent pour des substances qui présentent de véritables dangers pour la santé. Toutefois, certains aphrodisiaques seraient prometteurs. Le Détecteur de rumeurs fait le tour de la question.
La rubrique du Détecteur de rumeurs fête ses 10 ans en 2026. Cliquez ici pour lire ses 750 autres textes.
À lire également
Cacao, huîtres et corne de rhinocéros: inefficaces
Parmi les aphrodisiaques les plus connus, on retrouve le cacao, les huîtres et la poudre de corne de rhinocéros. Ils semblent inefficaces pour augmenter la libido.
De prime abord, le cacao a pourtant l’air prometteur. Il contient en effet des composés identifiés comme pouvant stimuler la production de sérotonine, un neurotransmetteur associé au désir, lisait-on dans une revue de la littérature consacrée aux aphrodisiaques les plus populaires, publiée par des chercheurs américains en 2015.
Abonnez-vous à notre infolettre!
Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!
Par ailleurs, cet aliment riche en flavonoïdes pourrait améliorer la fonction érectile chez certains patients, indiquaient des chercheurs italiens dans une revue de la littérature publiée en 2025, portant sur des substances comestibles visant à traiter les problèmes érectiles.
Cependant, mauvaise nouvelle : lorsque les scientifiques ont comparé la libido des consommateurs de chocolat à celle des non-consommateurs, aucune différence significative n’a été observée, soulignaient déjà les chercheurs américains en 2015.
Pour ce qui est des huîtres, elles contiennent du zinc, nécessaire pour produire la testostérone, et des acides aminés qui peuvent jouer un rôle dans la réponse neurale d’un individu au plaisir. La prise de suppléments de zinc a d’ailleurs été associée à une amélioration de l’équilibre hormonal et de la libido, notaient les chercheurs italiens en 2025. Cependant, aucune expérience n’a confirmé que les huîtres elles-mêmes avaient un effet réel sur la fonction ou le désir sexuel, soulignaient les auteurs de la revue de 2015.
Enfin, le rhinocéros a pour malheur d’avoir une corne dont la forme ressemble à un phallus, ce qui a porté certaines personnes à croire qu’elle pourrait être aphrodisiaque, une fois réduite en poudre. Certains sont prêts à payer le gros prix pour en consommer. Composée principalement de kératine, la corne contient aussi du calcium et du phosphore, des composants qu’on retrouve dans les poils, les ongles et les sabots d’animaux. La corne de rhinocéros ne possède aucune propriété aphrodisiaque et il n’existe aucune donnée pour étayer son utilisation, indiquaient les Américains dans leur synthèse, en 2015.
Mouche espagnole et crapaud buffle: dangereux
La mouche espagnole est un insecte qui sécrète de la cantharidine, une substance toxique. Ingérée, elle irrite les muqueuses urinaires, ce qui peut provoquer une érection, mais aussi des urines sanglantes, des vomissements et des douleurs abdominales. Une surdose peut même être mortelle. Dans un article de 2018, des médecins turcs rapportaient le cas d’une femme de 46 ans qui avait consommé une solution de mouche espagnole pour ses propriétés aphrodisiaques et qui avait dû se rendre à l’urgence parce qu’elle souffrait de plusieurs thromboses artérielles et de problèmes à la rate.
En 2020, des chercheurs chinois ont publié leur analyse de 91 cas d’empoisonnement aux cantharides : 17 patients en sont morts.
Le crapaud buffle (aussi appelé bufo) produit pour sa part une toxine psychoactive, la bufoténine, qui peut provoquer des hallucinations. On la retrouve dans des aphrodisiaques, car elle aurait une activité s’apparentant à la sérotonine. Dans sa thèse publiée en 2021, un étudiant français au doctorat en pharmacie soulignait que le venin du crapaud bufo était en fait l’ingrédient actif du Love Stone, une préparation antillaise vendue pour ses supposées propriétés aphrodisiaques.
Il y aurait toutefois eu plusieurs cas d’empoisonnement et au moins un décés relié à l’ingestion de bufoténine. Des jeunes new-yorkais qui avaient consommé cette substance auraient souffert de nausées, de vomissements, de douleurs abdominales et d’une accélération du rythme cardiaque. Pas très romantique!
Gingko, ginseng et maca : des effets à confirmer
Les données sont encore préliminaires, mais certaines recherches semblent indiquer que le ginkgo biloba, le ginseng et le maca, pourraient avoir un impact sur la fonction sexuelle.
L’extrait de ginkgo biloba est utilisé traditionnellement en médecine chinoise pour traiter la dysfonction sexuelle. Dans leur revue de la littérature publiée en 2025, les chercheurs italiens expliquaient que le ginkgo biloba améliore la circulation sanguine, ce qui permettrait une meilleure irrigation du pénis. Quelques études auraient même montré une certaine efficacité pour traiter la dysfonction érectile, mais plus d’études seront nécessaires pour déterminer le bon dosage et évaluer la sécurité à long terme. Les auteurs de la méta-analyse de 2015 soulignaient d’ailleurs que le ginkgo biloba pouvait entraîner des saignements et recommandaient une utilisation prudente.
Pour ce qui est du ginseng, un essai randomisé contrôlé en double aveugle a été réalisé en 2019, mais sur seulement 59 femmes ménopausées. Le ginseng aurait significativement amélioré la fonction sexuelle, notamment le désir, la lubrification, l’orgasme et la satisfaction sexuelle. D’après une revue de littérature sur les aphrodisiaques végétaux publiée en 2020, certaines substances contenues dans le ginseng favoriseraient la production de monoxyde d’azote, ce qui pourrait prolonger la durée de l’érection chez les hommes. Le ginseng augmenterait également les niveaux de certaines hormones (testostérone, LH, FSH) et améliorerait la libido.
Les chercheurs de la revue de 2015 soulignaient toutefois qu’il pourrait y avoir des effets œstrogéniques. Le ginseng ne devrait donc pas être utilisé par les personnes avec un cancer dit hormonosensible (cancer du sein ou de la prostate). Par ailleurs, dans une autre revue de la littérature publiée en 2025, des chercheurs italiens soulignaient eux aussi que davantage d’études seront nécessaires pour déterminer les dosages à utiliser et pour confirmer l’efficacité à long terme.
Enfin, le maca est une plante qui a été utilisée historiquement pour améliorer la fertilité, soulignaient en 2020 les auteurs d’une revue sur les aphrodisiaques utilisés contre les problèmes érectiles. Selon la revue de littérature de 2025, les études cliniques sur le maca ont montré une amélioration mesurable et un impact modeste sur la perception de la libido et du plaisir sexuel, autant chez des hommes en santé que chez des hommes souffrant de dysfonction érectile.
Une première version de ce texte est parue en 2017. Les informations ci-dessus ont été mises à jour par Kathleen Couillard.





