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S’il y a un groupe qu’il est difficile d’enthousiasmer pour la fusée Artemis 2 et son voyage lunaire, c’est le groupe des scientifiques. 

Officiellement, les principaux objectifs de la mission sont de tester les différentes technologies qui seront nécessaires pour le premier alunissage, théoriquement prévu pour 2028. C’est donc davantage une étape d’ajustements que d’acquisitions de nouveaux savoirs. Même le survol de la Lune —les quatre astronautes effectueront une orbite qui les ramènera ensuite sur le chemin de retour vers la Terre— n’apportera rien d’inédit par rapport aux missions Apollo, de 1968 à 1972. 

« Un survol a du sens » pour démontrer l’efficacité des systèmes « avant de tenter un alunissage », commentait le 31 mars dans la revue Nature le géochimiste des planètes Marc Norman, de l’Université nationale d’Australie. Mais il avoue « ne pas être spécialement excité, à cette étape. Peut-être que mon niveau d’excitation va augmenter à mesure que le programme [Artemis] va évoluer. » Le reportage de la revue britannique Nature était divisé en trois intertitres: le bon, le mauvais et l’indifférent. 

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Même la NASA semble en convenir: Artemis 2 reprend exactement là où Apollo s’était arrêté il y a 54 ans. Tout au plus, la nouvelle mission profite-t-elle des progrès technologiques accomplis depuis, notamment en informatique. Mais Artemis 2 est d’abord et avant tout présentée, et ce depuis des années, comme une étape en vue d’une « présence continue sur la Lune »: d’abord un alunissage, ensuite une base lunaire (pour l’instant hypothétique). 

Il est également possible, conviennent certains scientifiques, que le contexte politique rende plus difficile de se réjouir. « J’acclame normalement tout ce qui est science spatiale —c’est quelque chose d’inspirant. Mais en ce moment, c’est impossible de se sentir bien à propos de la direction que prend la NASA sous l’administration Trump », déplore, également dans Nature, le paléoclimatologue américain Yarrow Axford. 

Plusieurs observateurs ont en effet noté cette semaine que cet intérêt pour un premier alunissage avant la fin du mandat de l’actuel président, en janvier 2029, survient dans un contexte où, dans les 15 derniers mois, l’agence spatiale américaine a choisi d’annuler des missions, comme celle qui aurait dû ramener des échantillons de roches martiennes sur Terre.

C’est que les missions habitées coûtent cher: en 2026, ce volet de la NASA, qui inclut le programme Artemis et les séjours sur la station spatiale internationale, représentera à lui seul près de la moitié du budget de 24,4 milliards$ de la NASA. 

En janvier, les élus du Congrès ont rejeté la plupart des coupes au budget 2026 de la NASA qui se trouvaient dans la proposition de budget fédéral soumise au printemps 2025 par la Maison-Blanche. Mais malgré cela, quelque 4000 employés de la NASA ont quitté ou vont quitter.

Le malaise n’est pas limité à des scientifiques. Le New York Times rappelait cette semaine une enquête du Centre de recherche Pew réalisée en 2023 auprès de plus de 10 000 Américains: en majorité, leur intérêt pour la NASA est élevé. De même, lorsqu’on leur soumet une liste de neuf activités, le suivi d’astéroïdes dangereux et le suivi des systèmes climatiques de notre planète figurent au sommet de la liste des priorités des répondants à cette enquête. Mais l’envoi d’astronautes sur la Lune arrive en avant-dernière position, devançant seulement… l’envoi d’astronautes sur Mars. 

Le non-enthousiaste qu’est l’Australien Marc Norman dit tout de même espérer voir quelques « magnifiques photographies » grâce au survol de la surface lunaire. Mais le géochimiste en lui est davantage intéressé par des échantillons de roches lunaires, comme ceux ramenés par la sonde lunaire chinoise Chang’e.  

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