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Dormir avec son bébé, une pratique connue sous le nom de cododo (ou co-sleeping) est un sujet qui suscite des réactions très polarisées sur les réseaux sociaux. Solution miracle pour les uns, pratique dangereuse pour les autres: ça dépend de plusieurs facteurs, a constaté le Détecteur de rumeurs.

 


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Certains gouvernements recommandent de l’éviter complètement et de façon parfois très graphique. Par exemple, en 2011, la ville de Milwaukee avait développé une campagne de publicité montrant un bébé qui dormait à côté d’un couteau de boucherie, rapportait alors le New York Times

Au Canada, le site du ministère de la Santé suggère de placer le bébé dans son propre lit, dans la chambre des parents. 

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À l’inverse, une agence du gouvernement britannique vouée à établir des lignes directrices en santé, reconnaît que le cododo peut survenir, de façon planifiée ou non, et ils informent plutôt les parents sur les circonstances où il est préférable de l’éviter.

Est-ce une pratique dangereuse? Pas prouvé

Certaines études réalisées en 1993, en 2005 et en 2010, ont observé une association entre le partage du lit et un risque plus élevé de mort subite du nourrisson. Cependant, cette corrélation ne prouve pas un lien de cause à effet.

De fait, en 2023, des chercheurs de Liverpool, en Angleterre, ont analysé 16 études publiées après 1991. Bien que ces études montraient une corrélation entre le cododo et la mort subite du nourrisson, aucune ne permettait de démontrer un lien de cause à effet, écrivaient les auteurs.

Une des difficultés lorsqu’on veut étudier le cododo est que sa définition peut être très large. Ainsi, en 2023, des chercheurs de l’Université de Glasgow le décrivaient comme le sommeil d’un bébé et d’un adulte sur une même « surface ». Cette surface peut être autant un lit qu’un sofa ou une chaise, ajoutaient la même année d’autres chercheurs britanniques, à l’Université de Bristol, dans une analyse des cas de mort subite du nourrisson survenus entre 1993 et 2020.

De plus, le « partage d’une surface » ne donne aucune information sur l’adulte qui dort avec l’enfant, notaient en 2024 des scientifiques américains. Par exemple, on ne sait pas s’il s’agit d’un fumeur ou s’il a consommé de l’alcool, des drogues ou des médicaments.

D'autres facteurs de risque?

Le risque plus élevé associé au cododo semble en effet limité à des circonstances particulières impliquant différents facteurs de risque, écrivaient en 2023 les chercheurs de Bristol. Plusieurs études sur le cododo n’en tiennent toutefois pas compte, déploraient-ils. 

La vraie question à laquelle il faudrait répondre est donc si le cododo sans facteur de risque est dangereux, comme l'expliquaient en 2023 les scientifiques de Glasgow. Selon eux, la réponse est oui pour les enfants de moins de 3 mois. En réponse à cette prise de position, certains des chercheurs de l’Université de Bristol répliquaient au contraire que, peu importe l’âge, il y aurait très peu de décès lors du cododo, en absence de facteurs de risques.

Certains des mêmes chercheurs de Bristol —Peter Blair, Anna Pease et Peter Fleming— avaient conclu dès 2014 que le cododo n’était pas associé à une augmentation du risque de mort subite du nourrisson s’il n’était pas pratiqué sur un sofa et en l’absence de consommation d’alcool ou de tabac.

Plus récemment, dans une analyse sur les bienfaits et les dangers du cododo réalisée en 2021 par l’Institut national pour l’excellence en santé et en soins (NICE) du Royaume-Uni, les auteurs concluaient que les données disponibles ne montrent pas que le partage de lit soit plus risqué que les autres arrangements de sommeil.

Quelles règles de sécurité suivre?

Selon les chercheurs de l’Université de Bristol, le cododo est une pratique trop complexe pour être simplement bannie. Dire aux parents de ne jamais dormir avec leur enfant ne serait pas conforme aux données scientifiques, ajoutaient les chercheurs de Liverpool.

De plus, un danger avec de tels conseils, c’est que certains parents en comprendraient qu’ils ne doivent pas partager le même lit, mais peuvent dormir sur le sofa. D’où l’importance de sensibiliser les parents aux facteurs de risques plutôt que de se concentrer sur le partage d’une même « surface », concluaient les chercheurs américains en 2024.

En 2021, l’agence britannique NICE avait dressé une liste des facteurs de risques à surveiller lors de la pratique du cododo:

  1. Le bébé devrait dormir sur le dos sur une surface plane et ferme. Les parents ne devraient jamais dormir avec leur enfant sur une chaise ou un sofa. 
  2. Il ne faut pas utiliser d’oreillers ou de douillette à proximité de l’enfant.
  3. Les parents doivent s’assurer qu’il n’y a pas d’espace à proximité du lit où l’enfant pourrait tomber ou se retrouver coincé.
  4. Il ne devrait pas y avoir d’autres enfants ou des animaux dans le lit en même temps que le bébé.
  5. Les adultes qui ont bu plus de 2 verres d’alcool dans la journée, qui fument, qui prennent des médicaments causant de la somnolence ou qui consomment des drogues récréatives ne devraient pas partager leur lit avec un bébé.
  6. Il faut éviter le partage de lit avec un bébé prématuré ou de petit poids de naissance.

Verdict

Le cododo est un arrangement de sommeil qui peut être pratiqué de plusieurs façons. Si on fait abstraction des facteurs de risque —comme l’alcool ou le tabac— les dangers pour le bébé ne semblent pas plus élevés. Il est toutefois important que les parents soient bien informés des règles de sécurité à suivre.


Écoutez aussi l’épisode « Que dit la science du cododo »,
du balado du Détecteur de rumeurs


 

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