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La publication d’un rapport concluant à l’efficacité des vaccins contre la COVID pour réduire les risques d’hospitalisation, a été bloquée par le directeur de l’agence gouvernementale américaine qui avait commandé cette étude. 

Jay Bhattacharya, le directeur par intérim du Centre de contrôle des maladies (CDC), nommé à ce poste par Donald Trump, aurait personnellement bloqué la publication. Bhattacharya s’était également fait connaître pendant la COVID pour ses affirmations à l’effet qu’il était censuré par le gouvernement pour ses prises de position sur la COVID. 

L’étude en question, portant sur la période allant de septembre à décembre 2025, devait à l’origine paraître le 19 mars dans le Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR), le bulletin hebdomadaire du CDC. Le report de cette publication a été d’abord révélé le 9 avril par le Washington Post, qui a par la suite, le 22 avril, ajouté que la publication avait été carrément annulée. Un porte-parole du ministère de la Santé, dont dépend le CDC, a confirmé l’information, invoquant un « désaccord sur la méthodologie de l’étude ». 

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Le fait que cette publication ait été initialement prévue pour l’édition du 19 mars signifie qu’elle était déjà passée par un processus de révision scientifique à l’interne: la revue Science, interrogeant d’anciens hauts responsables du CDC, signalait le 24 avril que « jusqu’à 50 personnes, du MMWR et du CDC, peuvent réviser chaque texte publié ». La première mission de ce bulletin, depuis 65 ans, est de publier rapidement, donc de servir de première alerte aux médecins et aux responsables d’hôpitaux des quatre coins des États-Unis et au-delà.  

Ce qui ferait soi-disant débat quant à la méthodologie n’a jamais été précisé.

Traditionnellement, les scientifiques qui évaluent l’efficacité d’un vaccin le font à partir des patients hospitalisés: on compare la proportion de vaccinés et de non-vaccinés. Depuis 2021, les constats sont toujours les mêmes, quel que soit le pays: les risques d’hospitalisations et de décès à cause de la COVID sont, de loin, plus élevés chez les non-vaccinés. Et ni Jay Bhattacharya ni le CDC n’ont proposé de méthodologie alternative. 

Mais ces réflexions sur la méthodologie sont peut-être une fausse piste : d’une part, rapporte le Washington Post, le 12 mars, le MMWR avait publié une étude sur l’efficacité du vaccin contre la grippe utilisant la même méthodologie. D’autre part, devant les critiques provoquées par l’annulation de l'étude, Jay Bhattacharya, qui a une formation en économie et en médecine mais n’a jamais pratiqué la médecine, a répliqué le 23 avril que c’est l’ensemble du processus de révision scientifique du bulletin qui sera repensé. 

Bhattacharya est directeur par intérim du CDC, en plus d’être directeur du NIH, le principal organisme subventionnaire. La nomination d’une nouvelle directrice du CDC, Erica Schwartz, a été annoncée à la mi-avril, en attente de son approbation par le Sénat. 

Le bulletin MMWR est le même dont la publication avait été suspendue pendant quelques semaines, au début de la présidence Trump, dans un contexte où les agences gouvernementales en santé avaient reçu l’instruction de « réviser » toutes leurs communications. Et c’est aussi le CDC dont la page web sur les vaccins avait été modifiée en novembre dernier par Robert F. Kennedy lui-même, pour y affirmer qu’un lien entre vaccin et autisme « ne peut pas être écarté ». 

L’accumulation de ces incidents est d’autant plus ironique que Kennedy, du temps où il était à la tête du groupe antivaccins Children’s Health Defense, a maintes fois crié à la censure sur les vaccins. Bhattacharya a quant à lui plusieurs fois parlé de censure gouvernementale à son égard alors qu’il minimisait la dangerosité de la COVID. Mais depuis qu’ils détiennent les leviers du pouvoir, ces hommes n’ont rien publié qui permette de démontrer qu’une telle censure aurait existé, ni que les vaccins auraient été inefficaces. 

Le 27 avril, l’article en question était mis en ligne par le Dr Jeremy Faust sur son compte Substack. « Je suis fortement opposée à cette forme de censure », lui déclarait la Dr Michelle Barron, spécialiste en maladies infectieuses à l’Université du Colorado co-auteure de l’article. Cet article « devrait être public, pour que la communauté scientifique puisse le juger pour ce qu’il est ».

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